Citation

"La culture est un cimetière de livres et d'autres objets à jamais disparus." in N'espérez pas vous débarrasser des livres de Jean-Claude Carrière et Umberto Eco

vendredi 14 juillet 2017

Pot-Bouille ~ Émile Zola

« Décidément, on n’aime bien que les femmes qu’on n’a pas eues. »


Résumé :

Octave Mouret arrive de province pour s’installer dans un immeuble bourgeois en plein Paris. Son objectif est de séduire les dames, mais malheureusement il se heurte aux caractères bien trempés des parisiennes. Ses voisins mènent leurs affaires personnelles et professionnelles à la baguette et avancent leurs pions, comme sur un jeu d’échecs, afin de faire un maximum de profits. Et derrière tous ces bourgeois obnubilés par leur compte en banque, les mariages et les tromperies, les bonnes et les domestiques s’en donnent à cœur joie pour critiquer leurs maîtres et médire dans le dos des uns et des autres.
Ce roman fait partie de la célèbre série des Rougon-Macquart.
C’est la vie d’un immeuble parisien que nous présente Zola. Il n’y a pas de personnage principal, car chaque famille tient un rôle important. Octave est un arriviste séducteur, qui a beaucoup de difficultés à obtenir les faveurs des dames qu’il convoite. Les Josserand ont des gros problèmes d’argent et la mère tente par tous les moyens de marier ses deux filles, Hortense et Berthe. Mais cette dernière risque de la décevoir. Les Duveyrier sont les propriétaires de l’immeuble et sont liés à plusieurs familles grâce au mariage.
L’un des points amusants est l’opposition entre les bourgeois et les domestiques, les seconds se moquant des soucis des premiers. En effet, c’est une critique des gens aisés qui ont des problèmes plutôt futiles en comparaison des petites gens devant travailler dur pour gagner leur pain. Les querelles prennent parfois des tours cocasses, comme lorsque Berthe et Octave se disputent et qu’ils entendent les bonnes les imiter dans la cour. Leur situation est triste, mais la tournure des événements fait surtout rire.
Comme toujours, Zola est d’un réalisme époustouflant. Les descriptions de l’immeuble et de Paris, les dialogues entre les personnages, ou encore la scène d’accouchement sont narrés avec précision. Le lecteur peut facilement visualiser les événements, les lieux et les personnages. La vie parisienne, les soirées, la boutique Au bonheur des dames, autant de thèmes abordés pour étoffer un cadre et une atmosphère si spécifiques au XIXe siècle.
Extrait :

« Octave lui prit la main, la serra fortement, étranglé lui aussi par une colère impuissante. Que faire ? Il ne pouvait se montrer, imposer silence à ces filles. Les mots ignobles continuaient, des mots que la jeune femme n’avait jamais entendus, toute une débâcle d’égout, qui chaque matin, se déversait là, près d’elle, et qu’elle ne soupçonnait même pas. Maintenant, leurs amours, si soigneusement cachées, traînaient au milieu des épluchures et des eaux grasses. Ces filles savaient tout, sans que personne eût parlé. Lisa racontait comment Saturnin tenait la chandelle ; Victoire rigolait des maux de tête du mari, qui aurait dû se faire poser un autre œil quelque part ; Adèle elle-même tapait sur l’ancienne demoiselle de sa dame, dont elle étalait les indispositions, les dessous douteux, les secrets de toilette. »
Le mot de la fin :

Un Zola moins connu que d’autres, mais tout aussi savoureux !

Alors, voulez-vous tourner ?

vendredi 7 juillet 2017

Même les pêcheurs ont le mal de mer ~ Diane Peylin

« J’ai toujours cru qu’avouer la vérité couperait le dernier fil qui nous liait. »


Résumé de la quatrième de couverture :

Il y a Rafa, le patriarche, Valente, le père, et Salvi, le dernier de la lignée. Ce sont des géants impassibles, aussi rudes que l’île où ils vivent. Chez les Orozco, on est pêcheur de père en fils. La peau dure. Les yeux secs. Le silence en héritage.
Voilà neuf ans que Salvi a fui les siens pour la ville, de l’autre côté de l’océan. Mais la mort de Rafa le rappelle aujourd’hui. Sur cette île où l’on exprime jamais ses sentiments, où les manques, les cicatrices et les mensonges se transmettent de génération en génération, de mal de mer en mal de père…
La thématique du père constitue le pilier de ce roman, mais à travers lui ce sont toutes les relations familiales que l’auteure décortique, et surtout les conséquences des non-dits. Chaque phrase semble travaillée pour coller au plus près à la réalité, celle des Orozco, mais qui paraît terriblement crédible.
Ce roman ne peut que surprendre son lecteur. D’abord par sa structure. On débute avec le point de vue de Salvi, on finit avec lui. Entre eux, deux autres parties sont insérées, celles de Valente et de Rafa. Chaque section évoque des moments différents de la vie de ces hommes, mais qui pourtant finissent au même point, aux mêmes réflexions de leur part. Ce texte se construit astucieusement afin de laisser le lecteur ignorant, comme Salvi.
Ensuite, les révélations participent aussi à la surprise. Le lecteur n’apprend qu’au fur et à mesure les secrets de la famille Orozco. L’auteure maîtrise parfaitement sa narration et nous invite à la suivre et à lui faire confiance. Toutes les questions posées trouvent leur réponse, aucune déception à la fin.
Les parties sont divisées en chapitres. Il y a une alternance entre les points de vue, avec des chapitres à la troisième personne focalisée sur Salvi, Valente ou Rafa, et des chapitres à la première personne où le lecteur entre vraiment dans la tête des personnages. C’est probablement un des gros points forts de ce roman. En effet, l’auteure a su différencier ses personnages en changeant son style d’écriture pour chacun d’eux. Ainsi, Salvi s’exprime comme un jeune homme d’aujourd’hui. En revanche, Valente parle avec énormément de spontanéité. Les phrases sont coupées, le rythme haché, et le vocabulaire propre à un homme qui n’a jamais quitté son île. Rafa se situe plus entre son fils et son petit-fils. Ses réflexions sont un peu plus profondes, car il connait tous les secrets de la famille et a davantage de recul.
Extrait :

« Valente court et se retrouve près de son fils, inconscient et blessé. Salvi s’est envolé mais il n’avait pas d’ailes. Valente est désemparé devant cet oiseau recroquevillé. Pas une trace de sang, pas une égratignure, pas un gémissement. Salvi est calme et immobile. Sans réaction. Ailleurs. Valente a peur. Il ne prend pas le temps de réfléchir, le recueille dans ses bras, la tête posée sur son épaule et il se relève. Il faut marcher, pas trop vite pour ne pas le brusquer, mais assez pour le sauver. Ses yeux clignent face aux bourrasques de sable et ses lèvres tremblent parce qu’elles voudraient que son fils lui parle. »
Le mot de la fin :

Un superbe roman, qui ne cède à aucun cliché ni à aucune facilité narrative, et tient son lecteur d’une poigne forte et emplie de chaleur.

Alors, voulez-vous tourner ?