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"La culture est un cimetière de livres et d'autres objets à jamais disparus." in N'espérez pas vous débarrasser des livres de Jean-Claude Carrière et Umberto Eco

vendredi 19 mai 2017

La vie serait simple à Manneville ~ Pierre Cochez

« Tu as toujours eu un tempérament de concierge. C’est normal que tu veuilles être journaliste »

Résumé de la quatrième de couverture :

Les murs mangés par la vigne vierge, les fenêtres grandes ouvertes, Manneville est une maison de famille, celle qui abrite le jeune Bruce Dehaut, ses sœurs, de joyeux cousins, et puis des adultes occupés à profiter de l’été en lisant le journal ou en préparant des pastis-grenadine. La vie serait simple à Manneville, mais Bruce doit partir. L’Angleterre l’attend : Oxford, les études, un début de vie adulte. Là-bas, Bruce fera la rencontre d’Alex, un grand roux à la veste de tweed beige, qui fume des cigarettes en jouant au jacquet. Bruce n’avait pas prévu ça. L’amour, l’éblouissement. Et l’impossibilité d’une vie partagée.
Devenu journaliste, il sillonnera le monde, des îles Féroé au Mozambique, en quête de vérité, en quête de lui-même, pris dans un mouvement permanent. Mais Bruce l’apprendra, l’attente aussi est une façon d’aimer.

L’histoire ne coule pas de source. Beaucoup d’obstacles se dressent sur le chemin de Bruce, le narrateur, et il nous les fait ressentir dans son écriture. Ce personnage a une vie plutôt calme, dans une famille bourgeoise très ouverte. Sa vie bascule avec la rencontre d’Alex en Angleterre. Leur relation va devenir le pilier de son existence, avec ses hauts et ses bas. Elle épousera leurs carrières respectives, leur éloignement géographique, les aléas de la vie. Bruce, devenu journaliste, voyage en Afrique, en Amérique latine et dans l’Europe du Nord. Chaque destination est pour lui une déchirure et une renaissance. Puis vient la maladie, celle dont on ne veut pas vraiment parler et qui plane au-dessus des amants comme une épée de Damoclès.
L’auteur a un style très fragmenté et direct. Quelle que soit la nature de l’information, il vous la livre avec sincérité, que ce soit la couleur d’un vêtement ou la mort d’un personnage. Les phrases sont courtes et incisives. Le récit est ainsi construit en une myriade d’épisodes, avec un certain nombre d’ellipses. Le lecteur a l’impression de regarder une série de photographies commentées par un narrateur qui ferait le choix de ne pas tout dire. Il se dégage beaucoup de sérénité de ce roman. Il y a une forme d’inéluctabilité très douce, car les personnages ne cherchent pas à lutter contre vents et marées.
La narration à la 1ère personne apporte une fraîcheur et des pointes d’humour qui donnent une certaine légèreté à l’ensemble, bien que les sujets traités soient graves.
Extrait :

« Une éternité plus loin, une semaine au moins plus tard, Alex est encore là vers 17 heures, près de la fenêtre, à son jeu et à sa fumée. Ses yeux quittent le jeu pour mes yeux. Son regard s’invite chez moi. Ces yeux sont graves. Il ne s’agit pas d’amusement, mais de la vie de demain.
C’est moi qui baisse le regard, confus d’avoir gagné ce que j’ai cherché pendant si longtemps.
Je lève le camp pour aller happer l’air vif qui commence à régner sur Oxford depuis que l’automne s’annonce.
— Bonsoir. Tu n’as pas pris de crumble à la rhubarbe cet après-midi ?
L’homme roux m’a rejoint sur le court chemin qui mène à Brasenose. Il poursuit :
— Mon nom est Alex. Nous sommes dans le même collège, mais je suis en deuxième année. J’étudie la littérature anglaise. Tu aurais pu me parler au bar du Collège sans avoir à te gaver de ce crumble étouffant chez Brown’s. »
Le mot de la fin :

Un roman puissant qui vous emmène à travers le monde par une écriture travaillée comme de la dentelle.
Alors, voulez-vous tourner ?

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