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"La culture est un cimetière de livres et d'autres objets à jamais disparus." in N'espérez pas vous débarrasser des livres de Jean-Claude Carrière et Umberto Eco

vendredi 8 décembre 2017

La Fée Mélusine : le serpent et l’oiseau ~ Philippe Walter

« Pour moitié nymphe aux yeux vifs, aux belles joues, Mais pour moitié aussi monstrueux serpent, terrible autant que grand, scintillant, ondoyant, qui vous dévore tout cru. »


Résumé de la quatrième de couverture :

Grande figure de notre imaginaire, la fée Mélusine promet richesse et prospérité à Raymondin, son époux, à condition qu’il ne la regarde pas dans son bain le samedi. Le mariage est heureux jusqu’au jour où, poussé par la curiosité, Raymondin perce un trou dans la paroi et découvre sa femme munie d’une énorme queue de serpent. Il ne dit rien mais, lors d’une querelle, la traite de « serpente ». L’interdit est transgressé et, dans un cri déchirant, Mélusine disparaît en s’envolant dans les airs.
Tout en reprenant la célèbre histoire telle que nous l’ont contée Jean d’Arras, Coudrette et les légendes de nos terroirs, le présent ouvrage dévoile des horizons méconnus et, en interrogeant notamment la mythologie de l’anguille et du sel, renouvelle de manière décisive la compréhension du récit mélusinien. Alors Mélusine est-elle femme poisson, femme serpent ou femme oiseau ? Philippe Walter la surprend dans ses différentes métamorphoses, en saisit l’écho dans diverses traditions, entre autres celtiques, et retrouve sa trace sur plusieurs continents, offrant ainsi une ampleur originale à l’interprétation de ce mythe clé du Moyen Âge.
Les mythes du Moyen Âge sont à l’origine de nos littératures de l’imaginaire et celui de Mélusine se révèle particulièrement riche.
Cet ouvrage est très complet et aborde tous les aspects du mythe en les prenant les uns à la suite des autres. La métamorphose constitue un des éléments centraux. Là où on connait beaucoup la forme du serpent, Philippe Walter nous présente également les origines d’oiseau et de poisson. C’est notamment l’anguille et le saumon qui retiennent l’attention. L’auteur revient aussi sur la figure du géant qui est présente dans le mythe, et les liens avec le nom de Gargantua, le célèbre personnage de Rabelais. On retrouve le motif de la transgression, qui est également récurrent dans la littérature.
Les explications géographiques sont précieuses. Le marais poitevin est assez central dans ce mythe. L’eau, qu’elle soit douce ou salée, apporte une grande dimension au récit. Mélusine se rencontre près des fontaines, et certaines de ses avatars japonais près de la mer. Voir que le Japon possède des légendes qu’on retrouve en Europe est assez surprenant, et prouve que les ponts entre les civilisations sont bien présents dans la culture.
L’auteur a organisé son propos autour des thèmes comme « Mélusine entre mythe et littérature&nbsp», « Mélusine et les monstres marins » ou encore « Le sabbat de Mélusine ». Ce sont dix chapitres divisés en sections permettant une lecture simple et adaptée au rythme de chacun. Pas de jargon, pas de concept abstrait, tout est exemplifié et expliqué, notamment par des extraits de récits médiévaux. Il y a de nombreuses notes de fin de chapitre, qui donnent notamment des références bibliographiques.
C’est un très bon ouvrage d’introduction au mythe, qui peut être suffisamment complet. Néanmoins, plusieurs pistes de réflexion sont soulevées, sans être analysées. Autant d’éléments qui invitent à approfondir les recherches.
Extrait :

« Sur une miniature de manuscrit, Mélusine conduit les travaux de ses maçons et un petit dragon veille à ses pieds. L’étrange pouvoir bâtisseur de la fée s’explique lorsqu’on lit certains contes présentant des épouses magiques accomplissant des prodiges comme Mélusine. Il s’agit de divinités de l’autre monde, le plus souvent marin, qui réalisent ce que les humains sont incapables d’accomplir. Le dragon est la figuration d’une altérité divine avant d’être l’expression d’un être démoniaque. Le conte russe d’Afanassiev sur le gardon magique ou des contes japonais sur les épouses surnaturelles présentent des situations comparables. »

Citation de début : Hésiode, Théogonie, v.298-300
Le mot de la fin :

Un très bel essai sur une figure mythique qui nous explique les origines de certains motifs de notre littérature !

Alors, voulez-vous tourner ?

vendredi 24 novembre 2017

Nemrod ~ Olivier Bérenval

« Il se murmure que ces révoltes profitent à l’avancée de l’Adversaire, mais quel être humain pourrait bien vouloir s’allier avec une… »


Résumé de la quatrième de couverture :

Les hommes se sont depuis longtemps dispersés dans les étoiles et la Communauté, un gigantesque État galactique à la fois tyrannique et bienveillant, réunit cette incroyable diversité humaine.
Aux confins de cet empire, un mystérieux Adversaire semblant disposer d’un pouvoir illimité anéantit un monde reculé. Cette destruction plonge alors la Communauté dans une guerre interstellaire qui pourrait bien la précipiter vers sa fin.
À l’aube de ce cataclysme, Tjasse, un adolescent ordinaire, est sur le point de tout perdre. Czar Santo, un truculent détective d’un cité orbitale est quant à lui contacté par un sulfureux client et Giana Miracle, soldate des Forces de la Communauté, est chargée de mater une révolte populaire dans le sang.
A priori, rien ne les rassemble. Pourtant, leurs destins vont inexorablement s’entremêler à celui de l’humanité tout entière, née sur la Terre originelle, dont les chants résonnent encore et forgent la légende des siècles.
Voici un space-opera plutôt complet !
L’auteur a créé un univers particulièrement riche. Cela fait plusieurs millénaires que la civilisation que nous connaissons a disparu. Les humains sont dispersés dans l’univers et ceux qu’on appelle les « vrais-nés » sont bien moins nombreux que les « Variants », des humains modifiés. Le lecteur visite des planètes aux paysages grandioses. La faune et la flore ont été travaillées de sorte que l’ensemble est crédible et cohérent. Politique, religion et société, l’auteur remplit les différentes catégories pour constituer un décor fourni. Petit bémol : les personnages ne connaissent rien des éléments de notre civilisation, comme le cheval, mais le narrateur fait souvent des comparaisons avec bibendum ou la mythologie grecque par exemple. Ce sont des détails qui font tiquer mais qui ne gênent pas la lecture.
Le lecteur suit trois personnages qui semblent n’avoir rien en commun, mais qui vont pourtant jouer un rôle déterminant dans le sauvetage de l’univers. Tjasse est ce jeune homme assez introverti, qui va franchir une limite interdite et être propulsé dans un monde impitoyable. Czar dénote par ses sarcasmes et ses échanges nourris avec Booz, l’IA implantée dans son néocortex. Dans cette aventure, il est accompagné de Lynette, une jeune femme aux origines étranges. Enfin, Giana est celle qui parait la plus éloignée de l’intrigue, car elle agit sur des problèmes semblant annexes. Globalement, les personnages manquent de finitions. On ne les observe que dans un type de situation pour chacun, ce qui empêche de percevoir leurs nuances.
L’intrigue se termine sans apporter de véritable réponse à l’énigme qu’est l’Adversaire. Ses intentions quant à l’univers et aux humains restent floues, même si on comprend le rôle joué par les personnages.
Le style est plutôt simple et le récit est rythmé grâce à des chapitres courts. Chaque chapitre commence par des extraits de documents inventés par l’auteur, expliquant des notions de cet univers, ou simplement des poèmes. C’est un des points les plus intéressants. Ce qui gêne la lecture, c’est le vocabulaire et notamment les néologismes. L’auteur utilise beaucoup de mots compliqués comme « omnicom » ou « rotolift ». Par conséquent, certaines idées sont difficiles à visualiser.
Ce roman propose une réflexion sur les erreurs humaines, notre rapport à l’autre et notre façon de vivre en communauté. Ce ne sont pas des thèmes particulièrement originaux, mais ils sont bien exploités.
Extrait :

« “Voyons à quoi ressemblent nos chers révolutionnaires variants…”
La mestre s’interrompit soudain, fixa le burg pendant plusieurs dizaines de millimes – presque une minute – puis regarda Giana d’un air désemparé, sans avoir refocalisé, les yeux encore perdus au loin.
Sa vision s’accommoda de nouveau et elle lui demanda : “Vous avez vu ? Ces Acanthes, ils sont…
— Ils sont très différents de nous. Des Variants de stade trois au minimum. Nous n’avions pas eu cette information, en effet.”
Giana laissa la mestre du camp accuser le coup puis observa à nouveau les formes mouvantes dans la brume, ces êtres humains dont les membres démesurés flottaient comme des cerfs-volants des temps anciens et qui semblaient vouloir les défier. »
Le mot de la fin :

Un bon roman, divertissant, mais qui aurait pu être mieux abouti.
Merci à Babelio et aux éditions Mnémos pour cet envoi !

Alors, voulez-vous tourner ?

vendredi 10 novembre 2017

Le Conte de la dernière pensée ~ Edgar Hilsenrath

« Ce ne sera pas un homme d’affaires, ni un aventurier à proprement parler, car il n’a pas l’air de vouloir se risquer à l’extérieur, dans le monde réel. »


Résumé de la quatrième de couverture :

Le vieux Thovma Khatisian n’est plus particulièrement séduisant. « Tu es affreux, Thovma Khatisian. Aucune femme ne s’éprendrait de toi, à part ta mère. Tes yeux sont chassieux et rivés au sol. De ta bouche entrouverte s’écoule de la salive puante. » Le pauvre bougre est même sur le point d’expirer. Et il se souvient dans une dernière pensée de sa vie tumultueuse. Né en 1915, durant le génocide arménien, il porte dans sa chair la mémoire d’un peuple décimé…
La couverture de ce roman attire beaucoup l’œil, et pour peu qu’on regarde attentivement les dessins, on comprend qu’il n’est pas question de choses joyeuses.
Le génocide arménien fait partie de ces épisodes de l’histoire qu’on évoque peu. Il s’agit pourtant d’un fait marquant de la Première Guerre mondiale. L’extermination de ce peuple, l’auteur la retranscrit dans toutes ses vérités. Les sévices corporels, les mensonges politiques, les machinations. C’est extrêmement dur à lire, les propos sont parfois très crus, mais c’est une réalité historique qu’il faut connaître.
Afin de raconter l’histoire, le narrateur appelé Meddah parle à la dernière pensée de Thovma. L’effet est très particulier, il faut un vrai temps d’adaptation. Il y a pas mal de répétitions voulues, ce qui a tendance à ralentir le texte.
Le roman est divisé en trois livres. Le premier s’attache à raconter la captivité de Wartan, le père de Thovma. Il est arrêté par les Turcs et torturé. Ce sont probablement les pages les plus difficiles. Le deuxième livre raconte l’histoire de la famille de Thovma, l’enfance de son père, les mariages. Les coutumes arméniennes décrites nous immergent avec force et simplicité dans la culture de ce peuple. Beaucoup de détails peuvent surprendre les lecteurs occidentaux du XXIe siècle, comme une croyance disant qu’il ne faut pas que la mère quitte son bébé les 40 premiers jours de sa vie car il pourrait être enlevé par des esprits maléfiques. Ce sont des choses très ancrées dans le quotidien de la famille Khatisian qui vit dans un petit village. Le troisième livre revient aux faits historiques de la guerre, au parcours de Wartan et à ce qu’il se passe une fois la guerre finie.
Extrait :

« Je racontai au silence l’histoire de l’extermination du peuple arménien. Je rendis le silence attentif au fait qu’il était d’une importance capitale d’en parler ouvertement. Je dis : Tout le monde doit en avoir connaissance ! Car comment pourra-t-on empêcher une nouvelle extermination, si chacun prétend n’avoir rien su et n’avoir rien empêché parce que ce sont des choses qu’on ne peut même pas imaginer ? Je parlai longuement et sans craindre d’entrer dans les détails. Je ne demandai rien pour mon peuple et je n’exigeai pas non plus que ses persécuteurs soient punis. Je dis : Je voudrais simplement rompre le silence. »
Le mot de la fin :

Un roman intense à l’intrigue dure et enrichissante !

Alors, voulez-vous tourner ?

vendredi 3 novembre 2017

Le Goût du vent sur les lèvres ~ Cédric Morgan

« Elle resterait là, un roc du rivage, un roncier de Belle-Île, surgie d’un nid inconnu. »


Résumé de la quatrième de couverture :

Louane, douze ans, vit à Belle-Île-en-Mer chez Marlène, sa mère adoptive. Surdouée mais réfractaire au système scolaire, elle s’apprête à passer le bac en candidate libre. Toujours par monts et par vaux sur les sentiers côtiers, elle communie avec le vent, le soleil, les tempêtes. Née sous X, elle porte en elle une absence : l’identité de sa vraie mère.
Dans la chambre d’hôtes que tient Marlène débarque un jour un homme, dont le comportement intrigue Louane. Guillaume arpente toujours les mêmes lieux de l’île, pose des questions étranges, dit remonter les traces d’un jeune garçon, colon de l’ancien bagne d’enfants.
Louane écoute avec constance les propos des uns et des autres ; elle sait que la vie qu’on raconte est plus intéressante que celle qu’on vit. De même, au passé de Belle-Île s’entremêlent ses légendes ; aux souvenirs, nos lectures et nos rêves.
La Bretagne, ses légendes, la nature sauvage couplée à celle des hommes tout aussi imprévisible, autant de thèmes qui donnent à ce roman un charme et une profondeur incroyables.
L’intrigue semble simple au début, avec l’arrivée de Guillaume et son comportement intrigant. Très vite, les questions de Louane soulèvent d’autres roches, qui cachent des secrets enfouis depuis des décennies. Les personnages s’interrogent sans cesse, et les réponses ne sont pas nécessairement un objectif. Le lecteur ne doit pas être surpris d’arriver à la fin et de ne pas avoir une intrigue terminée de façon catégorique. En effet, l’intérêt de ce roman est vraiment dans l’aspect descriptif et contemplatif. Louane passe des heures à regarder la mer, à se laisser transpercer par l’écume. À travers elle, on découvre la Bretagne sauvage, la mer dangereuse qui a emmené tant de marins et ne les a jamais rendus. L’écriture de Cédric Morgan embellit d’autant plus ces éléments, leur conférant force et faiblesse, grâce à l’utilisation de tous nos sens pour goûter à ces paysages.
Lidentité est évidemment au cœur du récit. Louane ne sait rien de ses origines, et cela la perturbe de plus en plus. Guillaume est également en quête de vérité, à un autre niveau. Cela les rapproche définitivement. Louane est un personnage difficile à apprécier, d’abord parce qu’elle a une vie qu’on peut facilement lui envier : surdouée vivant sur une île à son rythme. Ensuite, bien qu’on suive l’histoire de son point de vue, elle garde toujours une forme de distance, comme si on ne pouvait pas avoir accès à elle. C’est probablement dû au fait qu’elle-même ne sait pas qui elle est. D’autres personnages gravitent autour, comme Marlène et Louise, la sœur de Louane. Il y a également Blanche, qui connait l’île comme sa poche et le vieux Me Gallais. C’est auprès d’eux que Louane mène son enquête, et qu’elle va finir par déterrer, presque littéralement, un lourd secret.
La fin est satisfaisante, mais semble un peu en décalage de tout le reste, à cause de son lieu d’action surtout. Elle reste cependant en adéquation pour ce qui est du style et du ton.
Extrait :

« Dans le prolongement de l’oiseau, sous les verres tremblotants, surgit dans la falaise une étrange silhouette. Juste avant qu’elle disparaisse derrière un piton rocheux, Louane eut le temps d’entrevoir un blouson brun au col rouge.
Son cœur s’affola, un spasme lui glaça le sang.
L’entrée d’une grotte ignorée de tous, une grotte connue d’elle seule, sa grotte secrète, se cachait dans le talus de la pointe. Personne d’autre n’y avait jamais pénétré. Pour y parvenir, il fallait descendre l’à-pic à mi-hauteur, les orteils en équilibre sur quelques centimètres carrés de roche en surplomb, les vagues en grand fracas juste en dessous. »
Le mot de la fin :

Un roman au goût d’ailleurs, à savourer en toutes saisons (même si en automne au sommet d’une falaise doit être la meilleure place) !

Alors, voulez-vous tourner ?

mardi 31 octobre 2017

Les Lames du Cardinal ~ Pierre Pevel

« En matière d’espionnage et d’intrigue […], la pire espèce est aussi la meilleure… »


Résumé de la quatrième de couverture :

Paris, 1633. Les dragons menacent le royaume.
Surgis de la nuit des temps, ils sont décidés à restaurer leur règne absolu. Usant de sorcellerie, ils ont pris apparence humaine et créé une puissante société secrète, la Griffe noire, qui conspire dans les plus grandes cours royales d’Europe.
Pour déjouer leurs complots, Richelieu dispose d’une compagnie d’aventuriers et de duellistes rivalisant de courage, d’élégance et d’astuce. Des hommes et une femme aux talents exceptionnels, prêts à braver tous les dangers et à risquer leur vie pour la Couronne : les lames du Cardinal !
Heureusement qu’il existe une intégrale, car s’il fallait attendre d’acquérir les tomes, ce serait de la torture.
Pierre Pevel nous prouve qu’il est un fin conteur et que tirer les ficelles d’une intrigue, ça lui connaît. Ayant un penchant pour les faits historiques, il nous entraîne dans le Paris de Richelieu, avec ses ruelles obscures, ses complots et ses dragons. Oui oui, vous avez bien lu. Les dragons font partie du décor, de même qu’un panel de créatures en dérivant : dracs, vyvernes, syles et autres dragonnets. Plus que le décor, il se trame quelque chose de sombre et il se pourrait que certaines créatures ancestrales n’y soient pas étrangères.
Le capitaine La Fargue est rappelé par Richelieu pour résoudre des énigmes. Avec lui, le mousquetaire Leprat, le sang-mêlé Saint-Lucq, la baronne Agnès de Vaudreuil, le bourru Ballardieu, l’épéiste Almadès et le nonchalant Marciac. Ensemble ils forment les lames du Cardinal. Le lecteur retrouve un groupe de héros assez typiques, mais ici ils possèdent une personnalité affirmée et ils portent complètement l’histoire. De plus, l’auteur manie les rebondissements et n’hésite pas à faire des choix radicaux en ce qui les concerne. Tous ses personnages tiennent un rôle capital dans le cours des événements et vous ne serez pas au bout de vos surprises.
Les ressorts de l’intrigue sont parfaitement huilés. L’auteur n’a pas versé dans la fantasy à foison, il a simplement saupoudré son récit avec un rituel par ci, une incantation par là. Tout est crédible. On sent qu’il a réfléchi sur le problème des dragons avec une nouvelle maladie qu’est la ranse ou encore l’ordre des Châtelaines. Les possibilités sont fouillées afin d’intégrer cet univers de fantasy à notre monde et surtout à notre société.
En termes de politique, Pierre Pevel s’est documenté, notamment pour les relations entre la France et l’Espagne. Cela lui permet de mettre en place son intrigue principale, toujours une question de pouvoir. Et derrière cela, nos héros rencontrent les mêmes problèmes que nous : relation amoureuse compliquée, cachotteries avec ses amis, deuil. Cela ajoute de la consistance à l’ensemble.
La narration est très rythmée avec des chapitres courts et intenses qui alternent description, narration et dialogues avec justesse. Il y a régulièrement de petites chutes qui ajoutent pas mal de tension, surtout lorsque vous êtes obligés de poser l’ouvrage pour vaquer à vos autres occupations. Pierre Pevel a un style cinématographique. Les descriptions sont visuelles et précises, à tel point qu’on se croirait sur place. Paris apparaît ainsi sous un jour beau et vrai. Le côté « capes et épées » est représenté par des combats particulièrement impressionnants tant les mouvements sont détaillés et, encore une fois, visuels. Des traits d’humour parsèment l’ensemble, souvent initiés par Marciac, mais également par le narrateur qui aime se jouer des lecteurs.
Extrait :

« Laincourt brandit son pistolet et abattit le reptile d’une balle qui lui arracha la tête.
— Une balle perdue, commenta Agnès.
— Point tant, répondit l’espion du Cardinal en songeant au Vielleux dont le dragonnet avait provoqué la capture.
Ils étaient à mi-chemin entre la deuxième et la troisième tour, vers laquelle les spadassins de Savelda se précipitaient déjà. Ils coururent sous le feu de tirs sporadiques et mal ajustés, arrivèrent les premiers et voulurent soulever la trappe.
Fermée.
— Merde ! jura Laincourt.
Agnès prit la mesure de la situation. Savelda et ses reîtres arrivaient de la première tour par le chemin de ronde. D’autres sortaient déjà de la deuxième et leur ôtaient toute possibilité de retraite. Le sol était cinquante mètres plus bas. Le temps leur manquer pour forcer la trappe. Ils étaient pris.
Agnès et Laincourt se mirent en garde dos à dos… et attendirent.
Prudents, les spadassins ralentirent l’allure et les entourèrent tandis que Savelda, calme et souriant, approchait en marchant.
Un cercle d’épées se resserra autour des fuyards résolus à mourir plutôt que de se laisser prendre.
— En général, murmura Agnès pour elle-même, c’est à ce moment-là qu’ils arrivent…
Laincourt l’entendit.
— Que dites-vous ? lui glissa-t-il par-dessus son épaule blessée.
— Rien. Ravie de vous avoir rencontrée.
— De même.
Et le secours vint du ciel. »
Le mot de la fin :

Une trilogie incroyable qui offre une intrigue et des personnages aboutis pour une lecture haletante !

Alors, voulez-vous tourner ?

vendredi 27 octobre 2017

L'Archipel d'une autre vie ~ Andreï Makine

« Les enfants qui se noient sous la glace, qu’est-ce qu’ils ont à faire de cette lumière divine ? »


Résumé de la quatrième de couverture :

Aux confins de l’Extrême-Orient russe, dans le souffle du Pacifique, s’étendent des terres qui paraissent échapper à l’Histoire…
Qui est donc ce criminel aux multiples visages, que Pavel Gartsev et ses compagnons doivent capturer à travers l’immensité de la taïga ? C’est l’aventure de cette longue chasse à l’homme qui nous est contée dans ce puissant roman d’exploration. C’est aussi un dialogue hors du commun, presque hors du monde, entre le soldat épuisé et la proie mystérieuse qu’il poursuit. Lorsque Pavel connaîtra la véritable identité du fugitif, sa vie en sera bouleversée. La chasse prend une dimension exaltante, tandis qu’à l’horizon émerge l’archipel des Chantars : là où une « autre vie » devient possible, dans la fragile éternité de l’amour.

vendredi 20 octobre 2017

Les Faux Cils du dinosaure ~ Gordon Zola

« Où il est clairement exposé qu’il s’agit d’un voyage au bout de l’Inuit »


Résumé :

Un meurtre sanglant a lieu au Museum d’histoire naturelle de Paris. Le commissaire Guillaume Suitaume est appelé pour résoudre l’énigme. Il semblerait qu’un gros animal soit à l’origine du crime. Un animal du type disparu depuis des millions d’années.

vendredi 13 octobre 2017

Ostende 21 ~ Arthur Loustalot

« À la gare, il mit 2 euros dans le distributeur à tourniquet et lui offrit une bague. »


Résumé de la quatrième de couverture :

Adèle et Joseph ont le pouvoir et la grâce de la jeunesse. Amoureux fous.
Une virée en Belgique leur fait découvrir Ostende. Ils dorment dans les anciens thermes, un immense palais défraîchi dont les colonnes courent sur la plage grise. Un autre bâtiment trône face à la mer, le casino Kursaal. Dans ses murs, la nuit est faite pour jouer.
Adèle et Joseph ont rendez-vous avec la chance. Ils sont sûrs d’avoir trouvé la formule pour triompher aux tables de blackjack. Il n’y a qu’une condition pour prolonger le rêve : ne pas dépasser 21. Les amants envoûtés perdent et gagnent. Protégés du monde extérieur, dans les cris électriques des machines et cet instant suspendu où les cartes se révèlent, leur passion exulte. Ils reviendront, c’est une promesse.
Alors le piège se referme.

vendredi 6 octobre 2017

Beowulf, a translation and commentary ~ J.R.R. Tolkien

« Fearless is my heart, wherefore I forbear from vaunting threat against this wingéd foe. »


Résumé :

Le monstre Grendel terrorise les Danois en dévorant un homme toutes les nuits. Apprenant cela, les Goths envoient des chevaliers avec à leur tête Beowulf, connu pour sa bravoure. Reçu en sauveur, il met au point une stratégie pour tuer le monstre. Mais les dangers ne s’arrêtent pas là car la mère de Grendel et un redoutable dragon se dressent sur le chemin de Beowulf.

vendredi 22 septembre 2017

Courir dans la neige ~ Fabrice Tassel

« Pendant le repas, maman ne m’a pas demandé combien de temps je comptais rester. »


Résumé de la quatrième de couverture :

Il est marié et père de famille. Chef cuisinier aussi, un métier à sa mesure, lui qui aime tant partager autour d'une table, magnifier les goûts et les saveurs. À quarante-deux ans, il n’a plus le choix. Le temps d'un été, peut-être d'un bilan, il doit retourner vivre chez sa mère.
Pour celle qui retrouve le fils adoré, c’est une renaissance. Entre eux brûlent des regards, des colères, la mémoire d’une enfance aux allures heureuses et une question lancinante : comment s’aimer, tant d’années après ?
Les mois passent, et la neige recouvre la campagne. Lui est toujours là. Il s’enlise peu à peu, renonce à toute forme d’ambition. C’en est trop. Il faut agir.
Alors, pour l’amour maternel, tout commence.

vendredi 15 septembre 2017

Le Puits des Mémoires : La Traque ~ Gabriel Katz

« La guerre, mon ami, c’est comme la diplomatie : de la poudre aux yeux ! »


Résumé de la quatrième de couverture :

Trois hommes se réveillent dans les débris d'un chariot accidenté en pleine montagne. Aucun d'eux n'a le moindre souvenir de son nom, de son passé, de la raison pour laquelle il se trouve là, en haillons, dans un pays inconnu. Sur leurs traces, une horde de guerriers, venus de l'autre bout du monde, mettra le royaume à feu et à sang pour les retrouver. Fugitifs, mis à prix, impitoyablement traqués pour une raison mystérieuse, ils vont devoir survivre dans un monde où règnent la violence, les complots et la magie noire.

vendredi 1 septembre 2017

Mille ans après la guerre ~ Carine Fernandez

« On le libéra, mais l’enfance était morte avec la mère ; et l’âge d’homme lui avait gravé, à tout jamais, le rictus des ivrognes et des suppliciés sur sa trogne de paysan. »


Résumé de la quatrième de couverture :

À l’aube du XXIe siècle, Miguel, un vieil homme solitaire, quitte sa cité ouvrière de la province de Tolède pour s’enfuir avec Ramón, son chien, dans les monts d’Estrémadure. Il vient de recevoir une lettre de sa sœur lui annonçant qu’elle souhaite s’installer chez lui. Face à la menace de la vie commune, le vieux libertaire se révolte. Pour la première fois de sa vie, il ose. Il s’évade.
Il prend un autocar en direction de Montepalomas, son village natal, où il n’était pas retourné depuis la guerre civile. Hélas, le « pays » a disparu, englouti par les eaux d’un barrage.
Du lac remonteront les alluvions de la mémoire : des pans entiers de sa jeunesse belle et terrible, quand on l’appelait Medianoche (Minuit) et que vivait encore son frère Mediodía (Midi), assassiné par les Franquistes, dont le visage, mille ans après la guerre, continue de le hanter.
Le vieil homme se tient aux confins de sa vie, à la pointe de tous ses échecs et il tentera, dans ce village où rôdent encore des haines vieilles de plus d’un demi-siècle, de se libérer de son double.

vendredi 25 août 2017

Et soudain, la liberté ~ Évelyne Pisier et Caroline Laurent

« Notre moment était venu, celui d’une transmission dont le souvenir me porterait toujours vers la joie, et d’une amitié aussi brève que puissante, totale, qui se foutait bien que quarante-sept ans nous séparent. »



Résumé de la quatrième de couverture :

Évelyne Pisier voulait raconter l’histoire de sa mère, et à travers elle, la sienne. Une histoire fascinante couvrant soixante ans de vie politique, de combats, d’amour et de drames – le portrait d’une certaine France aussi, celle des colonies et de la contestation, du patriarcat et du féminisme. Nous étions d’accord : il fallait en faire un roman.
Un roman qui, de l’Indochine en guerre à la Nouvelle-Calédonie des années cinquante, de la révolution cubaine à Mai-68, conte les destinées de deux femmes éprises de liberté. Deux héroïnes modernes et indépendantes, révélées à elles-mêmes par Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir.
Tout aurait pu s’arrêter un jeudi de février, à la mort d’Évelyne. Elle avait tissé la trame du livre. Il restait à le mettre en forme.
J’étais son éditrice. Son amie. Elle m’avait confié ses rêves et ses souvenirs.
J’ai terminé le livre.

C.L.

vendredi 14 juillet 2017

Pot-Bouille ~ Émile Zola

« Décidément, on n’aime bien que les femmes qu’on n’a pas eues. »


Résumé :

Octave Mouret arrive de province pour s’installer dans un immeuble bourgeois en plein Paris. Son objectif est de séduire les dames, mais malheureusement il se heurte aux caractères bien trempés des parisiennes. Ses voisins mènent leurs affaires personnelles et professionnelles à la baguette et avancent leurs pions, comme sur un jeu d’échecs, afin de faire un maximum de profits. Et derrière tous ces bourgeois obnubilés par leur compte en banque, les mariages et les tromperies, les bonnes et les domestiques s’en donnent à cœur joie pour critiquer leurs maîtres et médire dans le dos des uns et des autres.

vendredi 7 juillet 2017

Même les pêcheurs ont le mal de mer ~ Diane Peylin

« J’ai toujours cru qu’avouer la vérité couperait le dernier fil qui nous liait. »


Résumé de la quatrième de couverture :

Il y a Rafa, le patriarche, Valente, le père, et Salvi, le dernier de la lignée. Ce sont des géants impassibles, aussi rudes que l’île où ils vivent. Chez les Orozco, on est pêcheur de père en fils. La peau dure. Les yeux secs. Le silence en héritage.
Voilà neuf ans que Salvi a fui les siens pour la ville, de l’autre côté de l’océan. Mais la mort de Rafa le rappelle aujourd’hui. Sur cette île où l’on exprime jamais ses sentiments, où les manques, les cicatrices et les mensonges se transmettent de génération en génération, de mal de mer en mal de père…

vendredi 30 juin 2017

Les Douze Rois de Sharakhaï : Sharakhaï ~ Bradley P. Beaulieu

« Par tous les dieux, si je n’avais pas bloqué sa lame, elle aurait dessiné un sourire écarlate sur ma gorge. »


Résumé de la quatrième de couverture :

Dans les arènes de Sharakhaï, la perle ambrée du désert, Çeda combat tous les jours pour survivre. Elle espère la chute des douze Rois immortels qui dirigent la cité depuis des siècles. Des souverains cruels et tout-puissants qui ont peu à peu écrasé tout espoir de liberté, protégés par leur unité d’élite de guerrières et les terrifiants asirim, spectres enchaînés à eux par un sinistre pacte. Tout change lorsque Çeda ose braver leur autorité en sortant la sainte nuit de Beht Zha’ir, alors que les asirim hantent la ville. L’un d’eux, coiffé d’une couronne en or, murmure à la jeune fille des mots issus d’un passé oublié. Pourtant, elle les connaît. Et le lien que Çeda découvre entre les secrets des tyrans et sa propre histoire pourrait bien changer le destin même de Sharakhaï…

samedi 24 juin 2017

Peter Pan ~ James Matthew Barrie

« M. et Mme Darling avec Nana firent irruption dans la nursery trop tard. Les oiseaux s’étaient envolés. »


Résumé de la quatrième de couverture :

C’était un vendredi soir. Les parents de Wendy, Michael et John étaient absents, et Nana, la chienne terre-neuve, était attachée dans la cour. La voie était donc libre pour que Peter Pan, le garçon qui refusait de grandir, vienne rechercher son ombre, et entraîne les enfants vers le Pays de Nulle Part… une île enchantée, habitée par des Peaux-Rouges, des fées et des pirates commandés par le sinistre capitaine Crochet.

lundi 12 juin 2017

N'oublie rien en chemin ~ Anne-Sophie Moszkowicz

« Si le métro est tout en tangage et secousses, c’est pour le rapprochement des amoureux, rien d’autre. »


Résumé de la quatrième de couverture :

À la mort de sa grand-mère qu’elle adorait, Sandra, quarante ans, se voit remettre des lettres et des carnets de son aïeule. Rivka y livre un témoignage poignant sur sa jeunesse dans le Paris de l’Occupation, les rafles, la terreur, le chaos. Mais il y a plus. Par-delà la mort, la vieille femme demande à sa petite-fille d’accomplir une mission. Une mission qui obligera Sandra à retourner à Paris, ville maudit, sur les traces de son amour de jeunesse, Alexandre. Un homme étrange, hypnotique et manipulateur dont Sandra ne pensait plus jamais croiser la route… Pour elle, l’heure est venue d’affronter ses démons.

mardi 6 juin 2017

Incarceron ~ Catherine Fisher

« Ils pénétrèrent dans la Prison en grande pompe. On ne les revit jamais. »


Résumé de la quatrième de couverture :

Finn est prisonnier d’Incarceron, un univers pénitentiaire plein de dangers, de trahisons et de menaces. Il tente par tous les moyens de s’évader. Claudia, la fille du directeur d’Incarceron, vit à l’Extérieur, dans un royaume figé au XVIIIe siècle. Piégée par une existence qu’elle n’a pas choisie, elle cherche à percer les mystères de la Prison.
Un jour Finn et Claudia trouvent une clé, qui permet à chacun de communiquer avec l’autre. Alors surgit un espoir, la possibilité d’échapper à un destin tout tracé dont ils ne veulent pas.

vendredi 2 juin 2017

Vingt mille lieues sous les mers ~ Jules Verne

« Quand le pinceau lui-même est inhabile à rendre les effets particuliers à l’élément liquide, comment la plume saurait-elle les reproduire ? »


Résumé :

Un monstre marin terrorise la planète. Les pays sont en alerte et envoient des navires tuer la bête, sans succès. Pierre Aronnax, éminent professeur français, est invité sur un navire pour participer à la course-poursuite. Mais l’animal lutte et le professeur tombe à l’eau ainsi que Conseil, son domestique et Ned Land, un chasseur. Ils échouent sur une étrange surface métallique qui se trouve être un navire sous-marin où habite un étrange équipage. Embarqués de force, les trois compères deviennent des prisonniers dans un vaisseau voulant être un symbole de liberté.