Citation

"La culture est un cimetière de livres et d'autres objets à jamais disparus." in N'espérez pas vous débarrasser des livres de Jean-Claude Carrière et Umberto Eco

samedi 30 avril 2016

L'Oeuvre ~ Émile Zola

« Il les contempla quelques minutes en silence, les yeux luisant d’une jouissance de connaisseur »




Résumé de la quatrième de couverture :

Ce livre sur la peinture, « où ses souvenirs et son cœur ont débordé », Zola en retarde l’écriture durant vingt ans pour ne pas choquer son ami Cézanne qui se reconnut dans ce portrait impitoyable.
Dans L’œuvre, il est l’écrivain Pierre Sandoz, qui pose pour son camarade Claude Lantier, artiste maudit poursuivant sa révolution picturale qui annonce les impressionnistes. Un rêve grandiose et lamentable à peine éclairé par une idylle qui sombrera elle aussi. Les tableaux de Claude déchaînent les rires. Il s’obstine pourtant, fou d’absolu, rongé d’incertitudes, damné, courant après un génie introuvable et un chef-d’œuvre gigantesque et inachevé.
J’ai acheté ce livre en première car en histoire des arts on s’attaquait au XIXe siècle et notre professeur nous l’avait conseillé pour avoir un panorama, et c’était une excellente idée !

Ce roman est incontestablement un coup de cœur. Nous suivons Claude, le fils de Gervaise Macquart, un peintre en mal de reconnaissance, qui fait la connaissance de Christine, jeune femme qui devient son modèle et son amante. Leur histoire d’amour n’est pas vraiment stable car la seule passion de Claude est la peinture. Il essaie de réaliser l’œuvre parfaite. Tout au long du récit, on rencontre ses amis artistes, comme le sculpteur Mahoudeau ou l’écrivain Sandoz.
C’est un récit de Zola, avec son lot de malheurs, ses superbes descriptions et son goût du détail. La société des artistes de l’époque est très intéressante, plusieurs figures nous sont présentées et c’est celle du sculpteur qui m’a le plus plu. Il essaie de réaliser la sculpture la plus parfaite, sculpture de femme qui lui donne du fil à retordre. Les salons sont également présents, le salon officiel et le salon des refusés. Il y a les dîners entre amis, le jeudi soir chez Sandoz, où on parle art. C’est très bien documenté puisque c’est contemporain à Zola.
Claude peut être assimilé à Manet qui a fait scandale avec son « Déjeuner sur l’herbe ». En effet, Claude s’attelle à une toile d’une très grande dimension et reprend le même thème. La rage, la passion et le désespoir qualifient assez précisément cet homme en quête de perfection. La psychologie des personnages est bien détaillée, on ressent presque physiquement ce qu’éprouve Claude face à ses réussites et ses échecs. Un des passages qui m’a le plus marqué est celui de la peinture de Jacques, je ne vous en dit pas plus, c’est… particulier.
Les lieux sont très importants, il y a bien sûr Paris, le quartier de Montmartre, mais aussi les alentours, et la Seine joue un rôle prédominant, comme ça a été le cas avec les impressionnistes.
La structure du récit est assez habituelle : les premiers chapitres sont porteurs d’espoir mais la deuxième phase arrive et c’est la chute tant pour Claude que pour ses amis et notamment Mahoudeau.

Pour celles et ceux qui s’intéressent à l’art de cette deuxième moitié du XIXe siècle, je vous conseille évidemment les peintres impressionnistes comme Monet, Pissarro, Cézanne, Renoir… Pour la sculpture, Rodin et Carpeaux sont mes deux coups de cœur.
Extrait :

« Saisi, immobile de joie, lui la regarda se dévêtir. Il la retrouvait. La vision rapide, tant de fois évoquée, redevenait vivante. C’était cette enfance, grêle encore, mais si souple, d’une jeunesse si fraîche ; et il s’étonnait de nouveau : où cachait-elle cette gorge épanouie, qu’on ne soupçonnait point sous la robe ? Il ne parla pas non plus, il se mit à peindre, dans le silence recueilli qui s’était fait. Durant trois longues heures, il se rua au travail, d’u effort si viril, qu’il acheva d’un coup une ébauche superbe du corps entier. Jamais la chair de la femme ne l’avait grisé de la sorte, son cœur battait comme devant une nudité religieuse. »
Le mot de la fin :

Un tableau magistral, tout en couleurs et en nuances, et surtout le portrait du peintre maudit et de cette société de gens si frivoles, si instables, si artistes.


dimanche 24 avril 2016

L'Empire brisé : Le Prince écorché ~ Mark Lawrence

« Vous ne pouvez remporter le jeu que si vous comprenez que c’en est un. »




Résumé de la quatrième de couverture :

À treize ans il est le chef d’une bande de hors-la-loi sanguinaires. Il a décidé qu’à quinze ans il serait roi.
Le prince Jorg Ancrath a quitté le château de son enfance sans un regard en arrière, après qu’il fut contraint d’assister au massacre de sa mère et de son frère. Depuis ce jour il n’a plus rien à perdre. Il avance porté par sa fureur.
L’heure est venue de s’emparer de ce qui lui revient de droit. A la cour de son père l’attendent la traitrise et la magie noire. Mais le jeune Jorg ne craint ni les vivants ni les morts. Animé d’une volonté farouche, il est prêt à affronter des ennemis dont il n’imagine même pas les pouvoirs.
Car tous ceux qui ont pris l’épée doivent périr par l’épée.
J’attendais beaucoup de ce livre et j’ai été un peu déçue au début. Le rythme est assez difficile à saisir. Je crois que c’est la première chose qui m’a embêtée. Les chapitres sont relativement courts et l’auteur alterne entre des passages au moment présent et d’autres qui se sont déroulés plusieurs années avant. C’est assez perturbant car ce n’est pas toujours indiqué qu’on change d’époque. Toujours avec le rythme, il y a des problèmes de transitions entre les chapitres. On passe d’un décor à un autre sans comprendre comment on est arrivé là. Il y a par exemple un passage où deux personnages sont très mal en point dans une cellule et on les retrouve le chapitre d’après à cheval sur la route. C’est assez étrange.
Un autre élément déroutant est le style. Il est très adapté aux personnages car ce sont des hommes de la route, ils jurent sans cesse, ont des remarques souvent vulgaires. Cela peut déstabiliser le lecteur entre la narration au style plus fluide et les dialogues davantage saccadés.
Autrement, l’intrigue est bien menée. La tension est présente, même si on manque d’informations au début, on comprend les enjeux rapidement. L’histoire est originale, la vengeance n’est pas trop présente et on suit plus le groupe à travers leurs massacres. Ces derniers sont assez nombreux, assez gores et plutôt radicaux. La quête principale de Jorg est entrecoupée d'événements et d'obstacles qui forgent ce personnage et l’entraînent un peu plus vers les ténèbres, au sens propre et figuré. Certains événements sont traités trop rapidement mais de ce fait, il n’y a aucun temps mort.
Les personnages n’ont pas de pitié, certains semblent à peine humains, notamment dans le groupe de Jorg. La plupart ne font que quelques apparitions, ce qui est assez dommage car j’aurais aimé en apprendre plus sur eux. Parmi eux, Makin et le Nubain possèdent la personnalité la plus complexe et donc la plus intéressante. Jorg, notre héros, ne m’a pas semblé tout à fait crédible. Il a vécu des choses atroces, certes, mais pour un adolescent de 14 ans, il n’agit pas d’une façon très adéquate. La proximité que le lecteur pourrait avoir avec lui s’en trouve compromise. En faisant abstraction de son âge, on arrive à le cerner relativement bien.
Malgré beaucoup de détails gênants à la lecture, l’originalité équilibre l’ensemble et apporte une fraîcheur bienvenue. On est souvent surpris par des retournements de situation. L’univers présente une époque ressemblant fort à un Moyen-Age, cependant on comprend que nous sommes des milliers d’années après notre ère, la carte nous indiquant des lieux familiers. De plus, Jorg fait souvent référence explicitement à des auteurs célèbres comme Platon ou Nietzsche.
Extrait :

« Sur ce, un clou apparut “par magie” entre mes doigts. Une pointe rouillée de huit centimètres de long. L’homme se pissa dessus. Là, sur les marches. Burlow jura et lui donna un violent coup de pied. Quand Renton eut recouvré son souffle, il me raconta tout ce qu’il savait. Il lui fallut presque une heure. Ensuite, nous le donnâmes aux paysans, et ils le brûlèrent.
Je regardais le bon peuple de Norbois danser autour de son bûcher. »
Le mot de la fin :

Un premier tome qui commence difficilement mais qui s’améliore par la suite avec une intrigue qui prend en relief et en couleurs.

dimanche 17 avril 2016

Le Magasin des suicides ~ Jean Teulé

« Le personnage de la Mort sort de la pendule à coucou et chante neuf heures »




Résumé de la quatrième de couverture :

Vous avez raté votre vie, réussissez votre mort ...

Imaginez un magasin où l'on vend depuis dix générations tous les ingrédients possibles pour se suicider. Cette petite entreprise familiale prospère dans la tristesse et l'humeur sombre jusqu'au jour abominable où surgit un adversaire impitoyable : la joie de vivre.
J'ai découvert ce livre grâce à d'autres blogs qui en parlaient. Je sais qu'un film a été fait, il me tentait mais je ne l'ai pas encore vu.
C'est un petit livre original que nous avons là. Nous suivons l'histoire des Tuvache, gérants d'un magasin qui propose des dizaines de solutions pour se suicider. Leur problème : Alan, le dernier enfant qui voit toujours la vie en rose, le verre à moitié plein. Ses parents, son frère et sa sœur en ont plus qu'assez mais doivent vivre avec lui.
J'ai beaucoup aimé le fait que les chapitres soient très courts. C'est très agréable pour la lecture. De plus, l'histoire se déroule sur plusieurs années et l'auteur nous présente en fait des petits épisodes, qui participent de l'intrigue sans être liés les uns avec les autres. Le fait que ce soit écrit au présent m'a dérouté et je n'ai pas trop adhéré à ce temps.
Le monde, dans lequel les Tuvache vivent, est un futur assez atroce qui j'espère ne viendra pas, entre les tours immenses et plus de verdure. La société dépeinte paraît assez extrême mais elle montre aussi des dérives de la nôtre.
L'histoire est vraiment très originale, je ne me suis pas particulièrement attachée aux personnages mais je les ai appréciés. Ils ont des caractères assez différents, des personnalités intéressantes et surtout des défauts bien développés. J'ai beaucoup aimé la façon dont Alan retourne les situations à son profit.
Je m'attendais au dénouement mais il est bien amené et la fin est une sorte d'apothéose, à laquelle on s'attend, certes, mais qui est réjouissante. J'aurais aimé que ce soit moins court, que d'autres personnages entrent dans l'histoire, parce que finalement on a un peu l'impression que c'est expéditif. J'aurais aimé voir d'autres aspects de la société.
Extrait :

« Mais si vous préférez vous morfondre une dernière fois, propose Lucrèce, vous pouvez aussi confectionner votre poison. Beaucoup de femmes apprécient l'idée de ruminer leur peine en se préparant la mort. Par exemple, la digitaline : vous broyez dans un mortier des pétales de digitales qu'on a au rayon frais. Vous savez, ce sont des grappes de fleurs en forme de doigts tombants qui ressemblent à des mains molles de gens accablés. »
Le mot de la fin :

Un petit roman vraiment original, idéal pour décompresser et rigoler, chasseur de morosité !

samedi 9 avril 2016

Fairy Cube ~ Kaori Yuki

« Vendrais-tu ton âme au marchand de mort pour l’immense pouvoir d’Ainsel et un corps ? »




Résumé de la quatrième de couverture :

Ian, surnommé « le mytho » a le don étrange de voir des choses bizarres, notamment son double Tokage. Un jour, il est témoin d’un « meurtre de fées », fait divers qui agite le monde entier. En parallèle, un mystérieux individu appelé Kaito récupère un cube. Que renferme-t-il donc ?
C’est une trilogie assez courte mais vraiment dense. Nous suivons Ian, jeune homme exclu par ses camarades car il affirme que les fées existent. Seule Line, son amie d’enfance le croit. Son père, professeur et écrivain, semble cacher une personnalité violente et meurtrie. D’après lui, sa femme s’est envolée rejoindre les fées et, ne voulant pas que son fils le quitte aussi, il lui a brûlé le dos et les ailes. Lorsque ce « meurtre de fées » survient, Ian rencontre Kaito, un antiquaire étrange et Ainsel, une fée particulièrement possessive. Au fil des tomes, un complot des fées, dans lequel Tokage prend part, se dessine et Ian devra tout mettre en œuvre pour sauver ses proches et ce monde qu’il connaît.
J’ai adoré ce manga, et tout d’abord ses dessins. Kaori Yuki dessine très bien, les traits sont fins, les personnages très détaillés et les créatures sont vraiment belles. Ensuite, l’intrigue mise en place est très intéressante, originale et elle se résout rapidement, ce n’est pas une série à rallonge avec des événements à répétition. La narration progresse assez rapidement et parvient ainsi à captiver le lecteur.
Les personnages ne sont pas stéréotypés. Au début, je me suis dit que Line serait la bonne copine un peu potiche, mais pas du tout. Elle s’affirme au fil des tomes et prend ses marques comme personnage féminin fort et indépendant. Les personnages que j’ai le plus aimés sont Kaito et Ainsel. Kaito, parce qu’il a un style vraiment à part et une personnalité atypique et Ainsel parce que c’est une fée qui joue un rôle très important et qui possède un caractère un peu enfantin très adorable.
Quand on commence ce manga, on se dit que rien n’est gagné, que ça va prendre du temps de démêler l’intrigue. Mais en seulement trois tomes la mangaka a réussi à résoudre toutes les énigmes sans pour autant les expédier, ce qui est assez génial.
Extrait :


Le mot de la fin :

Un manga original qui traite de fantasy, des personnages intrigants et complexes et une intrigue bien ficelée pour un voyage au pays des fées !