Citation

"La culture est un cimetière de livres et d'autres objets à jamais disparus." in N'espérez pas vous débarrasser des livres de Jean-Claude Carrière et Umberto Eco

jeudi 29 octobre 2015

Cromwell ~ Victor Hugo

« Quand donc serai-je roi ? »




Mon résumé :

Cromwell a assassiné le roi et veut être couronné. Partout, des groupes se forment pour l'empêcher de régner, comme les puritains et les royalistes. Mais Cromwell n'a pas l'intention de se laisser faire, même si pour cela il doit affronter son fils et découvrir qui sont les traîtres dans ses rangs.
Ce drame romantique en cinq actes est considéré comme une des plus grandes pièces de l'époque. Il s'appuie sur des faits réels avec l'histoire de Cromwell. Sa préface est très célèbre. La pièce est en vers.
C'est une pièce assez longue et dans laquelle il est difficile d'entrer. Je ne m'y serais pas intéressée comme ça si je n'avais pas eu à la lire pour les cours. Il y a une quantité incroyable de personnages et c'est une des raisons pour lesquelles la pièce n'a jamais été jouée.
J'ai bien aimé dans l'ensemble, surtout les passages avec les fous et leurs réflexions philosophiques. Cependant, j'ai eu du mal à suivre l'intrigue de conspiration car il y a vraiment trop de personnages et je me suis souvent perdue dans les différents camps.
Certains passages sont assez drôles, surtout des quiproquos amoureux, cela donne un peu de souffle à l'ensemble et c'est à peu près la seule chose. La fin est très bien, elle ne ferme pas complètement la boucle et laisse une ambiguïté sur le personnage de Cromwell. Hugo n'en a pas fait un tyran bête et méchant et cela le rend d'autant plus intéressant.
Extrait :

« Giraff 
Quant à moi, je jouis au milieu du désordre.
J'exciterai les chiens et les loups à se mordre.
Je voudrais voir Satan, sur un grill élargi,
Mettre aux mains de Cromwell un sceptre au feu rougi,
Faire des cavaliers ses montures immondes,
Et jouer à la boule avec les têtes-rondes ! »
Acte III, scène 1
Le mot de la fin :

Une pièce à connaître pour les littéraires et qui peut être un bon divertissement pour les passionnés d'histoire.

vendredi 23 octobre 2015

La Louve et la Croix ~ S.A. Swann

« Tous deux se regardèrent, le chevalier d'armes et le loup démon. »




Résumé de la quatrième de couverture :

An de grâce 1221
Au coeur des sombres forêts des Carpates, frère Semyon von Kassel, chevalier de l'ordre de l'Hôpital Sainte-Marie-des-Allemands de Jérusalem, court comme s'il avait le diable aux trousses. Une bête monstrueuse, mi-homme mi-loup, a décimé ses compagnons.
Grâce à lui, l'Eglise va en faire une arme à son service : les chevaliers Teutoniques recueillent et dressent clandestinement ces terrifiantes créatures pour terroriser les païens.
Or l'un de ces loups-garous, une fille nommée Lilly, réussit à s'échapper et trouve refuge auprès d'un jeune paysan qui fera tout pour la protéger des Templiers...mais aussi d'elle-même. Car la sauvagerie du meurtre est la seule vie que Lilly ait jamais connue et si le jeune homme ne parvient pas à percer les ténèbres de son âme, il sera sa prochaine victime...
Ma première impression :

La couverture est vraiment très belle, elle est simple mais on perçoit la menace, le danger et ce rapport à l'Histoire qui m'a attiré. On entre tout de suite dans l'action avec le prélude, on ne sait pas du tout ce qui se passe mais on est happé dans l'intrigue et la tension monte immédiatement. Les réponses à nos questions primordiales sont apportées rapidement et l'histoire prend le pas sur tout le reste, c'est vraiment haletant. L'écriture est assez fluide et riche en vocabulaire.
Le point fort de ce roman est l'Histoire je pense. L'auteur s'est très bien documenté et a su ancrer l'intrigue dans un Moyen-Age ténébreux et réaliste. A cette époque où les histoires de sorcière sont monnaie courante, le lecteur est entraîné dans une affaire encore plus incroyable. On pourrait penser que cette histoire de loup-garou n'est pas très originale, car on en voit beaucoup en ce moment, mais cette légende est traitée de façon inédite, dans un contexte bien plus propice à cette créature.
L'intrigue est très bien menée, les personnages sont aboutis. J'aime beaucoup Erhard, c'est un personnage vraiment complexe dont on ne comprend pas trop les objectifs. De plus, Udolf n'est pas le héros typique, beau et fort qui vient au secours de sa belle, il est toujours là où on ne l'attend pas. Il y a des événements auxquels on s'attend, comme la romance entre Lilly et Udolf, mais des révélations sur leur passé sont faites au fur et à mesure et remettent en question beaucoup de choses. Par conséquent, on ne s'attend pas vraiment à la fin. Elle est surprenante car il y a un certain nombre d'obstacles qui se dressent sur le chemin de Lilly, et tout d'abord sa nature.
Extrait :

« Il fit deux nouvelles tentatives avant de renoncer, comprenant qu'il n'y parviendrait pas avec son unique bras.
Il essayait de ne jamais s'énerver, dans ces cas-là. Il lui fallait vivre avec le fait qu'il avait perdu un bras, de même qu'il devait accepter son passé. Rien ne servait de jurer ni de ruminer son amertume, mais il ne pouvait s'empêcher de ressentir une vaine colère. Quel piètre sauveteur il faisait, incapable d'envelopper une femme dans sa cape !
Elle lui jeta un coup d'oeil par-dessus son épaule nue et Udolf, qui tentait d'affermir sa main tremblante, se mit à rougir. »
Le mot de la fin :

Ce roman a vraiment été un coup de cœur. Il se déroule pendant la période historique que je trouve la plus féconde en termes de légendes. Toute cette complexité est ficelée de sorte que rien ne nous échappe, nous ne nous perdons pas, l'histoire nous absorbe complètement.

dimanche 18 octobre 2015

Fahrenheit 451 ~ Ray Bradbury

« Si vous vous noyez, au moins mourez en sachant que vous vous dirigiez vers le rivage. »



Résumé de la quatrième de couverture :

451 degrés Fahrenheit représentent la température à laquelle un livre s'enflamme et se consume.
Dans cette société future où la lecture, source de questionnement et de réflexion, est considérée comme un acte antisocial, un corps spécial de pompiers est chargé de brûler tous les livres dont la détention est interdite pour le bien collectif.
Le pompier Montag se met pourtant à rêver d'un monde différent, qui ne bannirait pas la littérature et l'imaginaire au profit d'un bonheur immédiatement consommable. Il devient dès lors un dangereux criminel, impitoyablement pourchassé par une société qui désavoue son passé.
C'est un classique de science-fiction qu'il est important de connaitre pour les amateurs du genre.
L'intrigue est très intéressante, il n'y a pas énormément d'actions, plutôt des discours et des réflexions mais qui font tout autant avancer l'histoire. La question que le lecteur se pose est : Montag va-t-il aller au bout ? En effet, il est pompier au début, il brûle les livres, mais il fait la rencontre d'une étrange jeune fille au langage poétique et aux origines incertaines. Cette rencontre va lui faire opérer un virage radical qui le mènera très loin, sans possibilité de retour. Toutes ses certitudes vont s'effondrer une à une.
La société décrite parait angoissante pour nous, qui sommes habitués à lire, mais je ne peux m'empêcher de penser à ce que nous aurions fait si nous n'avions pas connu autre chose qu'un monde d'écrans. C'est toujours le parallèle avec la question : aurions-nous résisté ou non ?
C'est une atmosphère assez pesante, nous suivons vraiment Montag dans sa vie, son métier, et jusqu'à la moindre de ses pensées. A la fois enrichissant et angoissant, ce système nous fait pleinement entrer dans la psychologie du personnage. Les réflexions qu'il a sur lui-même et son mode de vie donnent matière à méditer sur la place de la littérature, ses valeurs et la relation que nous entretenons avec elle. J'ai particulièrement aimé la discussion entre Montag et Faber dans la deuxième partie car on entre véritablement dans le vif du sujet.
Il y a finalement peu de personnages et cela nous permet de nous concentrer sur leur comportement et leurs paroles.
Extraits :

« La culture tout entière est touchée à mort. Il faut en fondre le squelette et le refaçonner. Bon Dieu, ce n'est pas aussi simple que de reprendre un livre que l'on a posé un demi-siècle plus tôt. N'oubliez pas que les pompiers sont rarement nécessaires. Les gens ont d'eux-mêmes cessé de lire. Vous autres pompiers faites votre petit numéro de cirque de temps en temps ; vous réduisez les maisons en fumée et le joli brasier attire les foules, mais ce n'est là qu'un petit spectacle de foire, à peine nécessaire pour maintenir l'ordre. Il n'y a presque plus personne pour jouer les rebelles. »
Le mot de la fin :

Un roman assez court mais dense qui nous présente, par le regard d'un homme ordinaire, les dérives de la société en matière de culture et notre tendance à être des moutons incapables de voir plus loin que le bout de notre nez.

mardi 13 octobre 2015

Medz Yeghern : le Grand Mal ~ Paolo Cossi

« La mort attendait entre les tentes, entre les cailloux, au bout des baïonnettes des zaptiés… »



Résumé de la quatrième de couverture :

1915-1916 : le génocide des arméniens

Un récit poignant construit autour du génocide arménien de 1915.
Des personnages attachants.
Des hommes politiques cyniques.
Des profiteurs, comme il y en a toujours en période de guerre.
Et un graphisme, résolument contemporain, qui participe à la mise en lumière d'une tragédie qui fait toujours partie d'une actualité brûlante. 
Cette bande-dessinée en noir et blanc retrace l'histoire du génocide arménien, vue du point de vue des civils, des soldats et des dirigeants politiques. Nous suivons plusieurs épisodes en parallèle, l'histoire de plusieurs personnes, des déportés arméniens, un soldat en cavale, des dirigeants qui tentent d'apaiser les choses.
Le narrateur s'adresse aux personnages en les tutoyant, c'est assez déroutant mais très efficace.
Les dessins sont extrêmement forts, choquants, surtout la scène du viol et des massacres. Un homme se fait enfoncer ses propres dents dans le front. Mais ce n'est pas présenté de façon classique, la brutalité et la cruauté viennent aussi de l'implicite.
Ce sont bien sûr des faits réels, et c'est important de savoir ce qui s'est réellement passé.
Le livre est divisé en sections, chacune débute avec une ou plusieurs citations, ce qui permet d'ancrer dans l'Histoire ces épisodes qui semblent bien lointains et inimaginables.
Il y a heureusement des personnages qui désobéissent aux ordres et qui aident les arméniens. J'ai beaucoup apprécié le fait que l'auteur fasse dire à ses personnages que tous les Turcs ne sont pas à l'origine d'un tel massacre. Il n'y a que les dirigeants qui l'orchestrent et quelques-uns qui, comme partout, tirent profit de la situation.
L'auteur s'est beaucoup documenté, il s'est même inspiré de vraies photographies pour certains passages.
La bande-dessinée finit sur le procès de Sogomon Tehlirian, qui est l'objet de Mission spéciale Némésis.

Pour ceux que cela intéresse, un film est sorti en 2014 sur le génocide mais surtout sur ses conséquences. Il s'intitule "The Cut" et a été réalisé par Fatih Akin. 
Extraits :

Le mot de la fin :

Une Histoire tragique, pleine de souffrance, de colère mais aussi de solidarité.

mercredi 7 octobre 2015

Dans la solitude des champs de coton ~ Bernard-Marie Koltès

« dites-la comme on la dit à un arbre, ou face au mur d’'une prison, ou dans la solitude d’'un champ de coton »





Mon résumé :

Un homme en rencontre un autre, un dealer et un client. Mais qui est qui ? Un échange étrange s'engage où chacun cherche à surprendre l'autre dans ses faiblesses et à lui faire avouer que c'est lui qui a besoin de l'autre.
J'ai lu cette pièce pour la prépa. Au début, je n'ai rien compris. Et puis la fin est arrivée très vite et je me suis trouvée bien embarrassée. Alors, je l'ai relu. J'ai pris mon temps et je suis rentrée davantage dans ce dialogue si particulier. Koltès a un style vraiment unique, chaque mot est mesuré. Il n'y a rien de superflu.
Pour ce qui est de la pièce, il y a une ambivalence des deux personnages. On ne sait pas ce qu'ils font là, ce qu'ils veulent et où cela va les mener. Les questions s'enchaînent mais pas les réponses. Ce sont deux anonymes, dans un endroit inconnu, le tout est intemporel et peut toucher n'importe qui.
C'est une pièce très intrigante. Le thème est le deal. Mais les personnages se renvoient la balle : ce n'est pas lui qui a besoin de l'autre. Et au fond, que cherchent-ils ? De quoi ont-ils besoin ? Pas d'une marchandise explicitement définie.
Patrice Chéreau a fait trois versions de cette pièce avec différents objets : la drogue, l'homosexualité et un sentiment non défini. Ses mises en scène sont vraiment incroyables et mettent en avant le talent de l'auteur de faire des textes aussi profonds. La preuve en est : la pièce fait moins de 60 pages et la mise en scène dure près d'une heure et demie.
Extraits :

« la seule frontière qui existe est celle entre l'acheteur et le vendeur, mais incertaine, tous deux possédant le désir et l'objet du désir »
« car ce que tout homme ou animal redoute, à cette heure où l'homme marche à la même hauteur que l'animal et où tout animal marche à la même hauteur que tout homme, ce n'est pas la souffrance, car la souffrance se mesure, et la capacité d'infliger et de tolérer la souffrance se mesure ; ce qu'il redoute par-dessus tout, c'est l'étrangeté de la souffrance, et d'être amené à endurer une souffrance qui ne lui soit pas familière. »
Le mot de la fin :

Koltès n'est pas le premier dramaturge vers lequel on se tourne quand on lit du théâtre du XXe mais il me semble essentiel. C'est une véritable expérience de lire son oeuvre. Aimer ou ne pas aimer est secondaire, il faut au moins lire une fois pour voir ce qu'un écrivain peut faire avec pour seul matériel les mots.

vendredi 2 octobre 2015

Doigt Light ~ Gordon Zola

« Ce capharnaüm moderne et indigeste, que les esthètes appelaient la “fin de l’Histoire”, et les imbéciles, le progrès »




Résumé de la quatrième de couverture :

Quels sont donc ces cadavres retrouvés vidés de leur sang ? Qui est cette étrange Bella du Saigneur amoureuse d'un vampire ? Et que cache ce mystérieux château des Carpettes perdu au fin fond d'une Transylvanie encore pleine de légendes ? Autant de questions qui vont mettre le commissaire Guillaume Suitaume sur les dents et les rotules ! 
Encore un roman truffé de jeux de mots et de références ! Nous suivons Suitaume dans son enquête sur des meurtres qui semblent liés à une affaire de vampire. La question reste la même : sont-ce de vrais vampires ? Afin d'y répondre, le commissaire fait la rencontre d'un célèbre écrivain, d'une vieille prostituée, d'un couple aux activités douteuses ou encore d'un parrain de la mafia. Il est accompagné de ses fidèles collègues, Purdey Prune, Habib Lioteck et Achille Pendule. Une intrigue secondaire est menée parallèlement avec l'enlèvement de Colchique, la sœur de Suitaume, qui en fait voir de toutes les couleurs à ses ravisseurs.
Ce n'est pas une parodie de Twilight mais de la bit-lit en général. L'humour est bien sûr au rendez-vous. Le style est vraiment très agréable. Cela change de ce qu'on lit d'habitude.
J'ai beaucoup aimé ce livre mais je l'ai trouvé un peu trop court. J'aurais aimé que la fin soit plus développée. Les personnages principaux sont fidèles à eux-mêmes et c'est très sympa de les retrouver. L'auteur marque assez souvent des arrêts dans la narration pour faire des remarques et j'ai trouvé ça amusant. L'intrigue est menée sur différents tableaux, à la fois en France, en Roumanie et en Turquie. Cela crée une attente pour le lecteur qui se demande parfois quel est le lien. Mais tout fait sens à la fin, il n'y a aucun problème d'incohérence.
Extrait :

« Il fit le tour de sa large bibliothèque et y picora quelques ouvrages sur le thème en question ... Dracula de Bram Stoker, Pour le meilleur et pour le vampire, un ouvrage de référence écrit par les frères Bordelik, Le Château d'écart-pattes, une approche érotique de la culture transylvanienne, aux éditions Malle&Fils, Comment trouver un bon cou ? du sexologue J.K. Roteed... Dans une veine un peu différente, il y avait aussi, J'ai les crocs, ou Comment bien dîner en terre moldave, Vandale des empires, le célèbre roman de sang-fiction de Fenimore Vivan. Il y avait bien sûr, pour tous les mordus de la bit-lit, les cinq tomes de la série Doigt Light, de Fanny Meilleure : Fesses et nations, Dentation, Epilation, Vraie fellation et Fornication. »
Le mot de la fin :

Un petit roman bien sympathique aux personnages amicaux et non conventionnels pour tous ceux qui veulent sortir de leurs lectures classiques. Un excellent polar poilant !