Citation

"La culture est un cimetière de livres et d'autres objets à jamais disparus." in N'espérez pas vous débarrasser des livres de Jean-Claude Carrière et Umberto Eco

vendredi 12 juin 2015

Le Chuchoteur ~ Donato Carrisi

« Parce que je viens de l’obscurité. »



Résumé de la quatrième de couverture :

Cinq petites filles ont disparu.
Cinq petites fosses ont été creusées dans la clairière. Au fond de chacune, un petit bras, le gauche.
Depuis le début de l'enquête, le criminologue Goran Gavila et son équipe ont l'impression d'être manipulés. Chaque découverte macabre les oriente vers un assassin différent. Lorsqu'ils découvrent un sixième bras, appartenant à une victime inconnue, ils appellent en renfort Mila Vasquez, experte en affaires d'enlèvement. Dans le huis clos d'un appartement, Gavila et ses agents vont échafauder une théorie à laquelle nul ne veut croire...
Un époustouflant thriller littéraire, inspiré de faits réels. 
C'est le premier thriller que je lis et comme il a eu de bonnes critiques, je me suis dit que c'était pas mal pour commencer. J'avais pas mal d'attentes vis-à-vis des chroniques que j'avais lues et j'ai été un peu déçue.
D'abord, l'intrigue m'a plu. J'aime bien les enquêtes psychologiques avec beaucoup de réflexion. J'avais l'impression d'être dans « Esprits criminels ». Tous les détails policiers sont maîtrisés, il y a beaucoup de détails sur les procédures judiciaires, les étapes de l'enquête ou encore la façon dont les scientifiques récoltent des indices. Le thème est original, avec la découverte des bras et le suspense est bien maîtrisé. On a envie de découvrir le fin mot de l'histoire. Les rebondissements sont réguliers, on est toujours en tension et c'est ce qu'on recherche.
Cependant, les points négatifs sont aussi présents. Les personnages sont caricaturaux je trouve. Dans l'équipe on trouve l'experte en informatique, le charmeur et le taciturne. Ils paraissent vraiment superficiels. Mila, la policière qu'on suit, est pleine de vieux démons et ça m'agace prodigieusement. Sa profondeur ne tient qu'à toutes les choses noires qu'elle a vécues. Elle a un comportement que je trouve insupportable, notamment ses mutilations. Je ne me suis attachée à aucun personnage. En plus de cela, le livre nous est vendu comme étant effrayant, avec de l'horreur mais j'ai eu beau la chercher, je n'ai rien trouvé. J'ai donc été déçue, je m'attendais à des descriptions plus macabres mais elles sont très rapides.
Certaines surprises se sont retrouvées gâchées car je devinais ce qui allait arriver, elles étaient trop prévisibles et notamment le meurtrier. C'est dommage car il n'y a pas eu le twist final que j'attendais.
L'auteur a un style fluide, les dialogues sont nombreux, ce qui rend la lecture aisée et légère.
Extrait :

« Devant eux s'ouvrit une petite clairière éclairée par des projecteurs – la gorge de feu du volcan. Soudain, les parfums du bois s'évanouirent et tous deux furent assaillis par une odeur âcre caractéristique. Goran leva la tête, se laissant envahir : acide phénique.
Et il vit.
Un cercle de petites fosses. Et une trentaine d'hommes en combinaison blanche qui creusaient dans cette lumière halogène et martienne, munis de petites pelles et de pinceaux pour enlever délicatement la terre. »
Le mot de la fin :

Ce fut une lecture très agréable, divertissante mais qui n'a pas entièrement répondu à mes attentes. Je pense quand même lire le tome deux, même si je ne l'achèterai pas.

mardi 9 juin 2015

Du temps qu'on existait ~ Marien Defalvard

« J’avais la bouche pleine de guillemets »




Résumé de la quatrième de couverture :

Cela commence par un enterrement. Cela finit par un enterrement. Entre les deux, le mort raconte sa vie. Et quel enchantement !
Des années 1970 à nos jours, toute son entreprise va précisément consister à esquiver la vie et ses contraintes. Et ce jeune, puis moins jeune, puis vieux fils de famille va de maison en maison, de campagne en ville et d'une ville dans une autre ville, véritable gitan de luxe qui promènera à travers la France sa grande intelligence offusquée par la vulgarité des temps.
Mélancolique et satirique, virtuose et touchant, voici l'étonnant premier roman d'un jeune homme qui semble avoir mille ans.

Ma première impression :

On m'a offert ce livre quand j'étais en terminale car il y avait eu de la promotion, notamment sur le fait que l'auteur n'avait que 19 ans quand il l'a écrit et c'est assez impressionnant de lire ce qu'il a imaginé à cet âge. J'ai donc commencé à le lire et au bout d'une centaine de pages j'en ai eu assez du style et je l'ai mis de côté. Je ne l'ai repris que cette année, soit 3 ans plus tard.

Je vais commencer par le fond. On suit l'histoire d'un garçon, puis d'un adulte au fil des ans et de ses déménagements. Le livre est divisé en sections qui correspondent à des périodes de sa vie et à ses différentes adresses. En soi, ce n'est pas très compliqué. Mais le garçon en question n'a pas une vie très palpitante. Il évoque son homosexualité, ses relations avec sa famille, avec ses quelques amis mais c'est assez vague. Il y a surtout beaucoup de descriptions des endroits qu'il traverse et de ses émotions face à cela.
Je n'ai pas très bien compris la fin, le narrateur est censé être mort célibataire et celui qui dit « je » dans le dernier chapitre parle de sa veuve. Bref, si quelqu'un l'a lu, je veux bien qu'on éclaire ma lanterne !
Passons au plus compliqué, à savoir la forme et le style. Les phrases sont parfois très longues, parfois très courtes, avec ou sans verbe principal. C'est assez déroutant au début mais je trouve ça très intéressant comme travail de la langue. Le vocabulaire est extrêmement riche, ainsi vous croiserez des « poussivement », « liquoreuses », ou encore « bistroquet ». Ce qui m'a vraiment dérangé c'est le trop plein de métaphores. A force on ne comprend plus les images, certaines associations de mots sont vraiment étranges. Le ton est aussi parfois assez pompeux. J'ai eu souvent l'impression que le narrateur se pensait au-dessus des autres et par extension l'auteur, qui fait étalage de sa connaissance de la langue. Ça devient parfois ennuyeux de le suivre, on ne voit pas le bout de sa pensée.

Extrait :

« Mais le vrai bonheur qu'il y avait à jouer au Monopoly n'était ni dans la caisse de communauté, ni dans le prix de beauté, ni en prison ; la grande aventure, c'était les familles de rues. Les huit composaient un tableau parfait. Les petites rues roses malpropres du début, que j'imaginais barbouillées de pochtrons et de merdes de chiens, et que je voyais beaucoup plus noires, plus moyenâgeuses qu'elles n'étaient en réalité, étaient la propriété de ma sœur : elle trouvait ça spirituel d'acheter ces rues misérables, ça faisait « petit truc drôle ». Je signale en passant que je n'ai jamais vu quelqu'un gagner quoi que ce soit grâce à ces deux rues à rigoles et ordures ; et leur inutilité n'était pas ignorée de ma sœur : simplement elle aimait, comme moi, l'intelligence et les bibelots. »

Le mot de la fin :

C'est intéressant pour vivre une expérience livresque particulière mais il faut s'accrocher pour le finir. Même la fin ne m'intéressait pas parce qu'elle était donnée dans le résumé.

vendredi 5 juin 2015

Exercices de style ~ Raymond Queneau

« Sur la plate-forme, pla pla pla, d’un autobus, teuff teuff teuff »




Résumé de la quatrième de couverture :

Tanka

L’autobus arrive
Un zazou à chapeau monte
Un heurt il y a
Plus tard devant Saint-Lazare
Il est question d’un bouton

Cette brève histoire est racontée quatre-vingt-dix-neuf fois, de quatre-vingt-dix-neuf manières différentes. Mise en images, portée sur la scène des cabarets, elle a connu une fortune extraordinaire. 
C’est un petit livre bien sympathique. Le même texte est réécrit avec différents styles. Vous trouvez par exemple « Le côté subjectif », « Passé simple », « Ampoulé », « Vulgaire », « Gustatif » ou encore « Zoologique ».
J’ai trouvé tous ces jeux très amusants. Il y a d’abord le plaisir de la lecture. Chaque texte est différent et accentue certains aspects. Parfois, c’est l’autobus qui est davantage mis en valeur, parfois un des personnages. Cela dépend du langage choisi. On a vraiment l’impression de ne pas lire la même histoire. Ensuite, tous les styles déclinés donnent du relief à cette anecdote plutôt banale qui devient une aventure incroyable. Cela montre vraiment que l’écriture et le choix des mots sont très importants, il ne suffit pas d’avoir une bonne idée pour faire un livre. Et celui-ci prouve à quel point la langue française est riche en vocabulaire, figures de style et qu’il est tout à fait possible de jouer avec elle pour la renouveler. C’est un vrai travail de création qui nous est proposé. D’ailleurs, c’est un devoir qui m’avait été demandé en français en seconde, je devais écrire un texte simple, juste anecdotique, puis le réécrire avec différentes figures de style. Eh bien c’est difficile ! Il faut trouver des synonymes, des expressions tout en gardant l’idée de départ pour bien se faire comprendre du lecteur.
Le travail de Queneau reflète tous les jeux que l’Oulipo fera par la suite.
Certains textes sont presque impossibles à lire, les mots ne ressemblent à rien tant les lettres sont mélangées. Ils m’ont paru un peu inutiles, certes le style est intéressant mais la lecture est beaucoup trop compliquée.
Extrait :

« Anglicismes
Un dai vers middai, je tèque le beusse et je sie un jeugne manne avec une grète nèque et un hatte avec une quainnde de lèsse tressés. Soudainement ce jeugne manne bi-queumze crézé et acquiouse un respectable seur de lui trider sur les toses. Puis il reunna vers un site eunoccupé. »
Le mot de la fin :

Un livre qui se lit rapidement, très agréable et instructif pour ceux qui s’intéressent aux jeux de langue et qui peut donner plein d’idées pour les écrivains en herbe.