Citation

"La culture est un cimetière de livres et d'autres objets à jamais disparus." in N'espérez pas vous débarrasser des livres de Jean-Claude Carrière et Umberto Eco

mardi 22 décembre 2015

Le Garçon au coeur plein d'amour ~ François David et Stasys Eidrigevicius

« Il alla confier son chagrin à une marionnette »




Résumé de la quatrième de couverture :

Tristan avait un si grand coeur qu'il ne pouvait pas s'empêcher par amour de devenir tout ce qu'il voyait...
Lors du Salon de Montreuil, j'ai été happée par les splendides couvertures de leurs ouvrages. La maison Motus donne une grande importance aux choix éditoriaux. Ils jouent avec la police d'écriture, avec les lignes et proposent une grande diversité d'albums.

L'album que j'ai pris pour mon filleul est vraiment magnifique.
Les illustrations touchent par leur intensité et leur franchise. Elles représentent exactement le texte avec de la profondeur. Les dessins ne font pas peur mais ils font vraiment réfléchir. C'est ce qui m'a plu, avant même le texte.
Pour ce dernier, les phrases sont belles, poétiques et simples. L'éditeur m'a confié qu'il peut être lu dès cinq ans.
L'histoire est évidemment forte en émotions. Tristan prend l'apparence de tous ceux qu'il croise, même son chat et une tulipe. Il cherche un visage qui lui irait bien. Le thème de l'identité est au cœur de cet album haut en couleurs. De plus, il montre à quel point l'empathie peut être puissante chez les enfants, couplée avec leur innocence.
Extrait :

« Qu'est-ce qu'il pouvait faire ? Il n'allait quand même pas fermer ses yeux, fermer son cœur ! En même temps, ce trop-plein d'amour lui causait tellement de malheurs ! »
Le mot de la fin :

Un des plus beaux albums que j'ai lus. Si vous ne savez pas quoi offrir à Noël ou pour un anniversaire, pensez à la maison Motus !

lundi 7 décembre 2015

C'est la vie... ~ Sarah Frikh

« On a tous attendu ce moment où je serais capable d’affronter ce grand défi pour nous tous… »




Résumé de la quatrième de couverture :

Bonjour cher lecteur,
Nous sommes 22 personnages dans le livre que vous tenez entre vos mains. Nous nous sommes rejoints dans l'imagination de Sarah qui nous a permis de naître sur le papier pour partager avec vous des moments de nos vies que vous avez, vous aussi, certainement connus ou côtoyés.
Les peines de cœur, la violence conjugale, l'amour d'un enfant, la guerre en Irak, la maltraitance sont des sujets qui font partis de notre quotidien, de ce que nous sommes. Nous serons heureux de faire votre connaissance.
J'ai rencontré Sarah Frikh au salon Topmétiers 92 il y a quelques années. C'est à cette occasion que j'ai acheté son livre, je ne connaissais pas du tout.
C'est un recueil de nouvelles très courtes. Tous les personnages sont très différents les uns des autres et vivent des expériences parfois extrêmes mais toujours intenses.
Ce que j'ai le plus aimé dans ces nouvelles, c'est la chute qui est vraiment incroyable. On ne s'attend presque jamais à ce qui va suivre. L'auteur nous fait passer par beaucoup d'émotions et j'avoue avoir versé quelques larmes. Il y aussi de l'humour pour contrebalancer l'aspect assez grave de l'ensemble.
Certaines situations nous semblent parfois assez loin de notre mode de vie, ce sont des vécus que nous ne connaissons pas mais l'auteur nous les présente comme des possibles, des expériences tellement voisines des nôtres qu'il suffit de tourner la tête pour se rendre compte qu'elles existent. Le style est fluide, l'écriture très touchante.
J'ai beaucoup aimé « La voix du silence », « Le bout du tunnel ! » et « Ton ange gardien ».
Extrait :

« Noah est un petit garçon bavard, très bavard. Un peu petit pour un enfant de 5 ans. Ses yeux sont noirs, ses cheveux aussi. Noah passe son temps à parler. Que ce soit à table avec ses parents, en classe avec ses copains, ou dans sa chambre avec ses peluches. Il n'arrête pas, pourtant on ne peut pas l'entendre. » in « La voix du silence ».
Le mot de la fin :

Un petit recueil très agréable à lire, qui nous montre des facettes de la vie qu'on ne connait pas ou trop mal.

lundi 30 novembre 2015

L'Insoumise ~ Martine Desèvre

« L’'animal était déjà aux pieds du cavalier, gueulant de plus belle, montrant ses crocs, prêt à mordre. »




Mon résumé :

Raphaëlle, orpheline, est recueillie par un vagabond qui s'avère être orfèvre et qui lui apprend toutes les ficelles du métier. En cette période florissante qu'est la Renaissance, François Ier favorise toutes les formes d'art. Mais elles sont réservées aux hommes et Raphaëlle est rapidement moquée et humiliée malgré son indéniable talent. Sa rencontre avec le chevalier de Valras va bouleverser sa vie, son amour pour lui grandir, mais avec lui la jalousie de Margaux, la femme de celui-ci. Son machiavélisme n'a d'égal que celui de son père. A tous ces problèmes s'ajoute celui de l'identité de Raphaëlle, qui ne connait pas son vrai père et cherche à le découvrir.
Ma première impression :

Le livre m'inspirait beaucoup, le côté historique surtout avec François Ier et l'orfèvrerie, un concept original. Le livre commence bien, avec de l'action, un cadre parfait pour des personnages hauts en couleur. Mais très vite des problèmes de structure surviennent.
Le cadre historique est bien maîtrisé, abondant en détails, anecdotes et références et c'est très agréable. Le lecteur sent qu'il est dirigé d'une main ferme, il est impossible de se perdre. Les références à l'art sont sympas. Le domaine de l'orfèvrerie n'est pas le plus connu, donc au début on se perd un peu dans le vocabulaire, mais c'est très intéressant.
Certains personnages sont stéréotypés, on a le triangle amoureux avec l'héroïne, le chevalier et sa femme et beaucoup d'événements sont évidents pour le lecteur. Il n'y a aucune surprise dans la lecture. Le lecteur sait d'où vient Raphaëlle, qui est impliqué dans la perte de ses parents et la seule tension provient du fait qu'on ne sait pas quand elle va découvrir la vérité et grâce à qui.
La fin est bâclée, j'ai vraiment eu l'impression que l'auteure ne savait pas comment se sortir de l'intrigue complexe qu'elle avait mise en place. Par conséquent, il se passe beaucoup de choses à la fin et la situation des personnages reste un peu incertaine. Je suis vraiment restée sur ma faim.
Pour ce qui est du style, certaines phrases sont bancales je trouve, on ne sait pas vraiment quel est le sujet. En plus de cela, il y a un problème de construction. Il n'y a pas de prologue et en deux sauts de ligne, neuf ans s'écoulent comme ça. Je trouve que c'est difficile à assimiler.
Extrait :

« A la fin du mois prochain aura lieu la Saint-Eloi d'été, la grande fête des orfèvres. Pour l'occasion, le roi offre des réjouissances et organise un concours. Beaucoup d'orfèvres y participent, et le gagnant reçoit une pension confortable durant deux années. Proposons, chacun, le fruit de notre travail, et je vous fais le serment, si c'est le vôtre qui est remarqué et nous aide à remporter le prix, de déclarer publiquement : « Ce poinçon est mien, mais l'oeuvre est de mademoiselle », et de vous présenter à Sa Majesté le roi. Acceptez-vous ? »
Le mot de la fin :

C'est un roman qui se lit vite, un divertissement sympathique pour les amateurs d'art et d'histoire mais il ne faut surtout pas se pencher réellement sur l'intrigue et les personnages qui sont plutôt fades.

mercredi 25 novembre 2015

Énigmes littéraires extraordinaires ~ Stéphanie Bouvet

« Quel est le point commun entre Londres, Virginie et l’ours polaire ? »




Résumé de la quatrième de couverture :

Mon premier est un jeu de l'esprit.
Mon deuxième est lié aux Belles-Lettres.
Mon troisième possède un caractère étonnant ou insolite.
Mon tout est un ouvrage ludique qui vous permettra de briller en société.

Que suis-je ?
Je suis le petit livre divertissant et érudit que vous tenez entre les mains !

La langue française regorge de moyens pour manipuler les mots : acrostiches, logogriphes, arithmorèmes et autres jeux aux noms barbares. Alors pourquoi se contenter d'énoncer un mot alors qu'il est tellement plus amusant de jongler avec ses lettres, ses sonorités et son sens pour le faire deviner ? Les plus grands auteurs français ne s'y sont d'ailleurs pas trompés. Depuis les poèmes de François Villon jusqu'aux lipogrammes de l'Oulipo, en passant par les charades de Victor Hugo et les lettres vicieuses de George Sand, retrouvez, avec ces 70 énigmes, un petit florilège du genre.
On m'a offert ce livre pour Noël il y a quelques années, je ne connaissais pas du tout et j'ai vraiment apprécié. La première moitié est constituée d'énigmes et la seconde des réponses.
Les énigmes ont été créées par des auteurs connus ou ont un lien avec la littérature. Elles sont assez ardues et demandent beaucoup de réflexion. Elles permettent de redécouvrir des auteurs et de comprendre que quelle que soit l'époque, quand il s'agit de s'amuser, même ceux qui nous paraissent les plus austères sont de la partie. Des pensées parfois très libérées courent tout au long des pages et peuvent parfois surprendre. Les énigmes sont parfois explicitées de notes, notamment lexicales, afin de donner à chacun sa chance de les résoudre.
Les textes sont illustrés de façon très étonnante et amusante. Les illustrations peuvent servir d'indices pour certains textes et offrent un nouvel angle de réflexion.
Extrait :

« Quelles sont les particularités de cette phrase ?
Portez ce vieux whisky au juge blond qui fume. »
La réponse dans le livre ☺ !
Le mot de la fin :

Un livre vraiment sympathique et une bonne idée de cadeau. Idéal lorsqu'on s'ennuie dans les transports !

mardi 17 novembre 2015

La Musique du silence ~ Patrick Rothfuss

« Quand Auri se fut remise, la flamme jaune bondissante sembla rendre tout étrange et inquiet »




Résumé de la quatrième de couverture :

Rares sont ceux qui connaissent l'existence du Sous-Monde, une toile brisée d'anciennes galeries et de pièces laissées à l'abandon qui s'étend dans les profondeurs de l'Université. Protégée par ce labyrinthe sinueux, confortablement installée dans le cœur même de ces lieux désolés, vit une étrange jeune femme.
Le silence et les ténèbres semblent être ses seuls compagnons sur le chemin qu'elle se fraie dans cet univers souterrain. A moins qu'elle ne perçoive autre chose. Comme une complainte des oubliés, mêlant douceur et amertume à son existence...
Son nom est Auri.
Et sa vie est peuplée de mystères. 
Nous suivons Auri dans le Sous-Monde. C'est un univers vraiment fascinant qui s'offre à nous, à travers les yeux de la jeune fille. Auri ressent chaque objet comme s'il était animé, les portes sont parfois embarrassées, un bouton sous un tapis se sent à l'aise. Elle passe ses journées à déplacer des choses, afin que tout soit à sa place. Et surtout, elle l'attend. Qui ? Je vous laisse le découvrir.
J'ai vraiment eu l'impression d'entrer dans l'intimité de quelqu'un. En même temps, cet univers, par son décor, la description des objets, m'a un peu fait penser à Alice au pays des merveilles. Auri connaît le nom de tous les endroits par lesquels elle passe, et lorsqu'elle pénètre dans un nouveau lieu, son nom lui apparaît comme si la pièce la saluait et se présentait.
Tout le roman est dominé par un langage poétique très étrange. Il n'y a pas de dialogue, ce qui peut être déroutant, mais finalement c'est mieux comme ça. On ressent le silence des lieux et en même temps la vie qui l'imprègne. C'est écrit à la troisième personne mais avec un point de vue interne, ce qui se répercute sur l'écriture. Les phrases sont assez courtes, simples, ce sont vraiment les pensées d'Auri.
La fin m'a en quelque sorte déçue car je m'attendais à quelque chose de plus explicite. Mais elle fait davantage travailler notre imagination, ce qui est tout aussi agréable. C'est comme si le roman n'avait pas de fin en soi. Il nous décrit sept jours de la vie d'Auri, on sait qu'il y a un but à tout ce qu'elle entreprend mais on n'y a pas accès.
L'édition de Bragelonne est illustrée par Marc Simonetti et ce sont vraiment de beaux dessins, en noir et blanc, très détaillés, qui sont quand même vagues dans le sens où Auri n'est pas représentée, ce sont juste des éléments, si bien que le lecteur fait appel à son imagination, autant que s'il n'y avait pas d'illustrations.
La préface et la postface sont intéressantes car c'est l'auteur qui s'adresse à nous lecteurs et qui nous explique comment et pourquoi il a écrit ce roman. Il nous fait part de ses doutes et partage sa vision du personnage d'Auri. Comme il le dit lui-même au début, il vaut mieux avoir lu Le nom du vent et La peur du sage avant, parce qu'ils nous expliquent comment se comporte Auri lorsqu'elle n'est pas dans le Sous-Monde et sa relation avec Kvothe.
Extrait :

« Auri se releva et il y eut alors en elle un déclic, comme une clé tournant dans une serrure. La pièce avait à présent la perfection d'un cercle. Telle une cloche. Telle la lune quand elle est parfaitement pleine.
De joie, Auri se mit à rire, et chaque éclat de son rire était comme un petit oiseau fusant de sa gorge pour s'élancer dans le salon.
Elle se tint au centre de la pièce et tourna sur elle-même pour la voir tout entière. Et quand son regard avisa l'anneau posé sur la table, elle vit que ce n'était plus là sa place. Il était libre d'aller où il le désirait. Il vibrait d'un chant doré et la braise qu'il renfermait était aussi délicate qu'un après-midi d'automne.
Débordant de joie, Auri se mit à danser. Ses pieds nus blancs sur la douceur noire de mousse du tapis. »
Le mot de la fin :

Un roman très attendu que j'ai dévoré, un peu trop court certes, mais vibrant, poétique et beau !

dimanche 8 novembre 2015

Le Temps des fées ~ Sandrine Gestin

« J'ai posé mes rêves sur le papier... »




Résumé de la quatrième de couverture :

« Les illustrateurs comme Sandrine Gestin ne sont pas que de simples faiseurs d'images – une alchimie déjà assez magique en soi – mais aussi des messagers et des scaldes. Ils sont de ceux qui ont goûté le sang des Dragons et comprennent le chant des oiseaux. Ils ont parlé avec le Chevalier Vert et regardé la Morrigan chevaucher dans la brume. Ils sont capables de voir le château sur la septième vague. Les corbeaux sont assis sur leurs épaules... »

John Howe
Je connaissais Sandrine Gestin et c'est ce qui m'a poussé vers cet artbook. Il est composé de croquis et de toiles avec des explications de Sandrine. Elle nous explique son parcours au travers de ses œuvres, elle met en avant certains de ses projets. Elle nous montre l'étendue de son talent. Son travail est divisé en plusieurs parties, ses débuts, les animaux, la Petite Faiseuse...
C'est une artiste remarquable avec un univers absolument enchanteur. Elle travaille aussi comme illustratrice pour d'autres personnes mais c'est toujours avec délicatesse et investissement. Elle met beaucoup de douceur et de vie. Le livre en lui-même est très beau. Les couleurs sont vivantes, le format permet des reproductions d'une taille agréable ainsi que pas mal de texte explicatif.





mardi 3 novembre 2015

Histoires pressées ~ Bernard Friot

« Il était une fois un enfant qui ne croyait pas aux histoires. »




Résumé de la quatrième de couverture :

Histoires pressées, ce sont des histoires courtes à déguster à table entre deux bouchées, à l'école dans la cour de récré, ou ailleurs si ça nous chante. Histoires à terminer, à raccommoder, à détruire en mille morceaux. Juste le temps d'un sourire, d'un frisson ou d'une émotion. Il arrive tant de choses bizarres dans la vie quand on sait comment la regarder !
J'avais lu ce livre en primaire et j'en gardais un très bon souvenir. Je me suis donc dit que j'allais le relire, histoire de passer du bon temps mais j'ai été assez déçue.
C'est un recueil de plusieurs histoires très courtes, un peu comme des nouvelles, destinées à un public jeune. Le concept est vraiment chouette, surtout pour des enfants qui ne sont pas trop portés sur la lecture. Les histoires se veulent drôles, efficaces, avec des référents que l'enfant connait : la peur du monstre sous le lit, la maman autoritaire, les princesses et les sorcières, les animaux... Tout est fait pour que le lecteur soit en terrain connu.
Ce que je trouve problématique, c'est la chute. Ou plutôt la quasi-totale absence de chute. On s'attend à quelque chose qui n'arrive jamais et cela donne l'impression que les histoires sont inachevées. Je suis restée quasiment tout le temps sur ma faim. Ce qui devait être des traits d'humour tombe plus ou moins à plat.
Cela dit, pour des enfants qui n'ont pas beaucoup d'attentes, cela reste un bon moyen de les faire lire. Ils n'auront pas le même regard et sauront se satisfaire du premier degré et du langage très simple.
Extrait :

« Une puce se promenait sur le bras d'un fauteuil. Elle rencontra un long cheveu blond qui se regardait dans un miroir de poche.
-Hé ! fit le cheveu, faites donc attention où vous marchez. Surtout ne me touchez pas, ne me déplacez pas : je suis un indice !
-Un indice, qu'est-ce que c'est que ça ?
-Figurez-vous qu'un crime a été commis ici, dans cette pièce. »
Le mot de la fin :

C'est une lecture très adaptée aux enfants et qui du coup ne correspond pas aux attentes d'un lecteur plus confirmé.

jeudi 29 octobre 2015

Cromwell ~ Victor Hugo

« Quand donc serai-je roi ? »




Mon résumé :

Cromwell a assassiné le roi et veut être couronné. Partout, des groupes se forment pour l'empêcher de régner, comme les puritains et les royalistes. Mais Cromwell n'a pas l'intention de se laisser faire, même si pour cela il doit affronter son fils et découvrir qui sont les traîtres dans ses rangs.
Ce drame romantique en cinq actes est considéré comme une des plus grandes pièces de l'époque. Il s'appuie sur des faits réels avec l'histoire de Cromwell. Sa préface est très célèbre. La pièce est en vers.
C'est une pièce assez longue et dans laquelle il est difficile d'entrer. Je ne m'y serais pas intéressée comme ça si je n'avais pas eu à la lire pour les cours. Il y a une quantité incroyable de personnages et c'est une des raisons pour lesquelles la pièce n'a jamais été jouée.
J'ai bien aimé dans l'ensemble, surtout les passages avec les fous et leurs réflexions philosophiques. Cependant, j'ai eu du mal à suivre l'intrigue de conspiration car il y a vraiment trop de personnages et je me suis souvent perdue dans les différents camps.
Certains passages sont assez drôles, surtout des quiproquos amoureux, cela donne un peu de souffle à l'ensemble et c'est à peu près la seule chose. La fin est très bien, elle ne ferme pas complètement la boucle et laisse une ambiguïté sur le personnage de Cromwell. Hugo n'en a pas fait un tyran bête et méchant et cela le rend d'autant plus intéressant.
Extrait :

« Giraff 
Quant à moi, je jouis au milieu du désordre.
J'exciterai les chiens et les loups à se mordre.
Je voudrais voir Satan, sur un grill élargi,
Mettre aux mains de Cromwell un sceptre au feu rougi,
Faire des cavaliers ses montures immondes,
Et jouer à la boule avec les têtes-rondes ! »
Acte III, scène 1
Le mot de la fin :

Une pièce à connaître pour les littéraires et qui peut être un bon divertissement pour les passionnés d'histoire.

vendredi 23 octobre 2015

La Louve et la Croix ~ S.A. Swann

« Tous deux se regardèrent, le chevalier d'armes et le loup démon. »




Résumé de la quatrième de couverture :

An de grâce 1221
Au coeur des sombres forêts des Carpates, frère Semyon von Kassel, chevalier de l'ordre de l'Hôpital Sainte-Marie-des-Allemands de Jérusalem, court comme s'il avait le diable aux trousses. Une bête monstrueuse, mi-homme mi-loup, a décimé ses compagnons.
Grâce à lui, l'Eglise va en faire une arme à son service : les chevaliers Teutoniques recueillent et dressent clandestinement ces terrifiantes créatures pour terroriser les païens.
Or l'un de ces loups-garous, une fille nommée Lilly, réussit à s'échapper et trouve refuge auprès d'un jeune paysan qui fera tout pour la protéger des Templiers...mais aussi d'elle-même. Car la sauvagerie du meurtre est la seule vie que Lilly ait jamais connue et si le jeune homme ne parvient pas à percer les ténèbres de son âme, il sera sa prochaine victime...
Ma première impression :

La couverture est vraiment très belle, elle est simple mais on perçoit la menace, le danger et ce rapport à l'Histoire qui m'a attiré. On entre tout de suite dans l'action avec le prélude, on ne sait pas du tout ce qui se passe mais on est happé dans l'intrigue et la tension monte immédiatement. Les réponses à nos questions primordiales sont apportées rapidement et l'histoire prend le pas sur tout le reste, c'est vraiment haletant. L'écriture est assez fluide et riche en vocabulaire.
Le point fort de ce roman est l'Histoire je pense. L'auteur s'est très bien documenté et a su ancrer l'intrigue dans un Moyen-Age ténébreux et réaliste. A cette époque où les histoires de sorcière sont monnaie courante, le lecteur est entraîné dans une affaire encore plus incroyable. On pourrait penser que cette histoire de loup-garou n'est pas très originale, car on en voit beaucoup en ce moment, mais cette légende est traitée de façon inédite, dans un contexte bien plus propice à cette créature.
L'intrigue est très bien menée, les personnages sont aboutis. J'aime beaucoup Erhard, c'est un personnage vraiment complexe dont on ne comprend pas trop les objectifs. De plus, Udolf n'est pas le héros typique, beau et fort qui vient au secours de sa belle, il est toujours là où on ne l'attend pas. Il y a des événements auxquels on s'attend, comme la romance entre Lilly et Udolf, mais des révélations sur leur passé sont faites au fur et à mesure et remettent en question beaucoup de choses. Par conséquent, on ne s'attend pas vraiment à la fin. Elle est surprenante car il y a un certain nombre d'obstacles qui se dressent sur le chemin de Lilly, et tout d'abord sa nature.
Extrait :

« Il fit deux nouvelles tentatives avant de renoncer, comprenant qu'il n'y parviendrait pas avec son unique bras.
Il essayait de ne jamais s'énerver, dans ces cas-là. Il lui fallait vivre avec le fait qu'il avait perdu un bras, de même qu'il devait accepter son passé. Rien ne servait de jurer ni de ruminer son amertume, mais il ne pouvait s'empêcher de ressentir une vaine colère. Quel piètre sauveteur il faisait, incapable d'envelopper une femme dans sa cape !
Elle lui jeta un coup d'oeil par-dessus son épaule nue et Udolf, qui tentait d'affermir sa main tremblante, se mit à rougir. »
Le mot de la fin :

Ce roman a vraiment été un coup de cœur. Il se déroule pendant la période historique que je trouve la plus féconde en termes de légendes. Toute cette complexité est ficelée de sorte que rien ne nous échappe, nous ne nous perdons pas, l'histoire nous absorbe complètement.

dimanche 18 octobre 2015

Fahrenheit 451 ~ Ray Bradbury

« Si vous vous noyez, au moins mourez en sachant que vous vous dirigiez vers le rivage. »



Résumé de la quatrième de couverture :

451 degrés Fahrenheit représentent la température à laquelle un livre s'enflamme et se consume.
Dans cette société future où la lecture, source de questionnement et de réflexion, est considérée comme un acte antisocial, un corps spécial de pompiers est chargé de brûler tous les livres dont la détention est interdite pour le bien collectif.
Le pompier Montag se met pourtant à rêver d'un monde différent, qui ne bannirait pas la littérature et l'imaginaire au profit d'un bonheur immédiatement consommable. Il devient dès lors un dangereux criminel, impitoyablement pourchassé par une société qui désavoue son passé.
C'est un classique de science-fiction qu'il est important de connaitre pour les amateurs du genre.
L'intrigue est très intéressante, il n'y a pas énormément d'actions, plutôt des discours et des réflexions mais qui font tout autant avancer l'histoire. La question que le lecteur se pose est : Montag va-t-il aller au bout ? En effet, il est pompier au début, il brûle les livres, mais il fait la rencontre d'une étrange jeune fille au langage poétique et aux origines incertaines. Cette rencontre va lui faire opérer un virage radical qui le mènera très loin, sans possibilité de retour. Toutes ses certitudes vont s'effondrer une à une.
La société décrite parait angoissante pour nous, qui sommes habitués à lire, mais je ne peux m'empêcher de penser à ce que nous aurions fait si nous n'avions pas connu autre chose qu'un monde d'écrans. C'est toujours le parallèle avec la question : aurions-nous résisté ou non ?
C'est une atmosphère assez pesante, nous suivons vraiment Montag dans sa vie, son métier, et jusqu'à la moindre de ses pensées. A la fois enrichissant et angoissant, ce système nous fait pleinement entrer dans la psychologie du personnage. Les réflexions qu'il a sur lui-même et son mode de vie donnent matière à méditer sur la place de la littérature, ses valeurs et la relation que nous entretenons avec elle. J'ai particulièrement aimé la discussion entre Montag et Faber dans la deuxième partie car on entre véritablement dans le vif du sujet.
Il y a finalement peu de personnages et cela nous permet de nous concentrer sur leur comportement et leurs paroles.
Extraits :

« La culture tout entière est touchée à mort. Il faut en fondre le squelette et le refaçonner. Bon Dieu, ce n'est pas aussi simple que de reprendre un livre que l'on a posé un demi-siècle plus tôt. N'oubliez pas que les pompiers sont rarement nécessaires. Les gens ont d'eux-mêmes cessé de lire. Vous autres pompiers faites votre petit numéro de cirque de temps en temps ; vous réduisez les maisons en fumée et le joli brasier attire les foules, mais ce n'est là qu'un petit spectacle de foire, à peine nécessaire pour maintenir l'ordre. Il n'y a presque plus personne pour jouer les rebelles. »
Le mot de la fin :

Un roman assez court mais dense qui nous présente, par le regard d'un homme ordinaire, les dérives de la société en matière de culture et notre tendance à être des moutons incapables de voir plus loin que le bout de notre nez.

mardi 13 octobre 2015

Medz Yeghern : le Grand Mal ~ Paolo Cossi

« La mort attendait entre les tentes, entre les cailloux, au bout des baïonnettes des zaptiés… »



Résumé de la quatrième de couverture :

1915-1916 : le génocide des arméniens

Un récit poignant construit autour du génocide arménien de 1915.
Des personnages attachants.
Des hommes politiques cyniques.
Des profiteurs, comme il y en a toujours en période de guerre.
Et un graphisme, résolument contemporain, qui participe à la mise en lumière d'une tragédie qui fait toujours partie d'une actualité brûlante. 
Cette bande-dessinée en noir et blanc retrace l'histoire du génocide arménien, vue du point de vue des civils, des soldats et des dirigeants politiques. Nous suivons plusieurs épisodes en parallèle, l'histoire de plusieurs personnes, des déportés arméniens, un soldat en cavale, des dirigeants qui tentent d'apaiser les choses.
Le narrateur s'adresse aux personnages en les tutoyant, c'est assez déroutant mais très efficace.
Les dessins sont extrêmement forts, choquants, surtout la scène du viol et des massacres. Un homme se fait enfoncer ses propres dents dans le front. Mais ce n'est pas présenté de façon classique, la brutalité et la cruauté viennent aussi de l'implicite.
Ce sont bien sûr des faits réels, et c'est important de savoir ce qui s'est réellement passé.
Le livre est divisé en sections, chacune débute avec une ou plusieurs citations, ce qui permet d'ancrer dans l'Histoire ces épisodes qui semblent bien lointains et inimaginables.
Il y a heureusement des personnages qui désobéissent aux ordres et qui aident les arméniens. J'ai beaucoup apprécié le fait que l'auteur fasse dire à ses personnages que tous les Turcs ne sont pas à l'origine d'un tel massacre. Il n'y a que les dirigeants qui l'orchestrent et quelques-uns qui, comme partout, tirent profit de la situation.
L'auteur s'est beaucoup documenté, il s'est même inspiré de vraies photographies pour certains passages.
La bande-dessinée finit sur le procès de Sogomon Tehlirian, qui est l'objet de Mission spéciale Némésis.

Pour ceux que cela intéresse, un film est sorti en 2014 sur le génocide mais surtout sur ses conséquences. Il s'intitule "The Cut" et a été réalisé par Fatih Akin. 
Extraits :

Le mot de la fin :

Une Histoire tragique, pleine de souffrance, de colère mais aussi de solidarité.