Citation

"La culture est un cimetière de livres et d'autres objets à jamais disparus." in N'espérez pas vous débarrasser des livres de Jean-Claude Carrière et Umberto Eco

vendredi 20 avril 2018

Le Fantôme arménien ~ Laure Marchand, Guillaume Perrier et Thomas Azuélos

« La religion n’est pas essentielle pour moi. Vivre dans la dignité et avec son identité, voilà ce qui compte. »


Résumé de la quatrième de couverture :

C’est l’histoire d’un réveil, ou selon les mots de Varoujan d’un véritable « saut dans le réel ».
Jusqu’en 2013, Varoujan n’avait jamais envisagé d’aller en Turquie, au risque de « piétiner les ossements de ses ancêtres ».
Le voyage jusqu’à cet « Auschwitz à ciel ouvert » n’est pas seulement un pèlerinage. Varoujan et sa femme Brigitte partent à la rencontre des descendants des Arméniens qui sont restés en Turquie en 1915 et qui ont réchappé au massacre.
Car aujourd’hui ces Arméniens kurdes, turcs, alévis, musulmans, sortent de l’ombre, racontent leur histoire et aspirent à retrouver une identité perdue dans un pays qui continue de nier officiellement, cent ans après, le génocide.
Il s’agit d’une bande dessinée reportage. Les trois auteurs ont suivi Varoujan et sa femme dans leur voyage en Turquie.
Ce voyage se déroule en plusieurs étapes. Il y a l’avant, les préparatifs, l’annonce de Varoujan à ses amis et l’expression de leurs doutes. Puis, c’est l’arrivée en Turquie avec comme première escale Diyarbakir. Là, Varoujan organise une exposition avec des photographies d’identité des Arméniens ayant débarqué à Marseille pendant le génocide. Vient l’étape du Dersim, le contrôle de police, la rencontre avec des descendants de survivants qui doivent jongler entre plusieurs identités. Ensuite, c’est Boğazdere, le village du grand-père de Varoujan. Enfin, Istanbul et le retour et la fête.
Fiction ou documentaire, évoquer le génocide arménien et tout autre massacre est souvent une histoire de tripes. Parce qu’il en faut pour entreprendre un tel périple. Il en faut pour interroger les familles des morts et raviver des souvenirs terribles. Et en même temps, il y a ce devoir de vérité. Il est nécessaire de montrer qu’encore aujourd’hui le génocide est source de conflit. Varoujan et Brigitte ne sont pas toujours à l’aise, et le lecteur non plus. Plus que le génocide, c’est un constat sur ce qui se passe maintenant.
Les auteurs ont donné une grande force au texte en mêlant les récits, les flash-backs et les documents. L’aspect reportage est souligné par l’intégration de vraies photos et de visuels de journaux. La lecture est rythmée grâce à des cases aux dimensions différentes. On alterne entre des scènes qui semblent intimes et de grands paysages cernés de vide.
Un grand soin a été apporté aux dessins et à la couleur. Les tons sont globalement ocres avec des touches de couleur pour un vêtement par exemple. Lorsqu’il s’agit de représenter le passé, le gris et le noir dominent. Et le rouge vient rappeler les massacres. Les dessins mettent l’accent sur certains détails, l’expression des visages, un bâtiment ou un paysage. Cela crée beaucoup de contrastes.
Extrait :


Le mot de la fin :

Cette approche documentée d’une tragédie historique invite à réfléchir sur la situation actuelle en Turquie, sur ce qu’il reste et ceux qui restent après plus d’un siècle.

Alors, voulez-vous tourner ?

vendredi 13 avril 2018

Les Vies de papier ~ Rabih Alameddine

« J’ai fait de la traduction mon maître. »


Résumé de la quatrième de couverture :

Aaliya Saleh, 72 ans, les cheveux bleus, a toujours refusé les carcans imposés par la société libanaise. À l’ombre des murs anciens de son appartement, elle s’apprête pour son rituel préféré. Chaque année, le 1er janvier, après avoir allumé deux bougies pour Walter Benjamin, cette femme irrévérencieuse et un brin obsessionnelle commence à traduire en arable l’une des œuvres de ses romanciers préférés : Kafka, Pessoa ou Nabokov.
À la fois refuge et « plaisir aveugle », la littérature est l’air qu’elle respire, celui qui la fait vibrer comme cet opus de Chopin qu’elle ne cesse d’écouter. C’est entourée de livres, de cartons remplis de papiers, de feuilles volantes de ses traductions qu’Aaliya se sent vivante.
Cheminant dans les rues, Aaliya se souvient ; de l’odeur de sa librairie, des conversations avec son amie Hannah, de ses lectures à la lueur de la bougie tandis que la guerre fait rage, de la ville en feu, de l’imprévisibilité de Beyrouth.
Ce roman empreint d’une grande sensibilité aurait pu être écrit par une femme. Mais c’est un homme qui se glisse dans la peau et l’esprit de cette vieille libanaise.
On rencontre Aaliya à l’aube d’une nouvelle année, se questionnant quant à la prochaine traduction à faire. On s’attache vite à elle. D’abord parce qu’en tant que lecteur, on comprend son amour des livres. Ensuite, parce que cette femme revendique sa liberté et son indépendance. Vis-à-vis des coutumes religieuses, sociales et culturelles. Vivant seule dans un grand appartement, divorcée, sans enfant, elle mène sa vie comme une lionne solitaire.
Avec elle, on parcourt Beyrouth, ses rues, ses monuments, son musée. L’histoire de la ville et la guerre nous sont révélées à travers un regard sage. On croise peu de personnages, mais ils possèdent tous une forte personnalité. Surtout les femmes. Il y a les voisines d’Aaliya, commères et généreuses. Il y a la mère d’Aaliya, trop vieille, un peu folle et qui refuse de sortir du modèle social ancestral. Et il y a Hannah, l’absente qui emplit l’espace par les souvenirs qu’elle a laissés à son amie.
La narration alterne entre présent et souvenirs, sans chronologie précise. C’est ce qui donne de la puissance au texte, car ce sont les émotions d’Aaliya qui nous guident avec spontanéité. Les références littéraires et artistiques abondent, peut-être un peu trop, et invitent à découvrir de nouvelles voix. Les traducteurs sont souvent des gens de l’ombre. Aaliya a choisi de garder son travail pour elle, mais ses voisines viennent la titiller pour comprendre quelles sont ses motivations.
Extrait :

« Tout en écrivant ceci, je me demande s’il est pertinent de dire que je ne rêvais pas d’un mari. Je ne veux pas dire que je suis consciemment en train de feindre. Mais pour paraphraser celui que l’on peut toujours paraphraser, Freud, qui a peu ou prou affirmé que lorsqu’on parle du passé on ment à chaque respiration, je dirai ceci :
Quand on écrit sur le passé, on ment à chaque lettre, à chaque graphème, et même à chaque satanée virgule.
Mémoires, souvenirs, autobiographie – mensonges, mensonges, ce ne sont que mensonges. »
Le mot de la fin :

Un beau roman qui rend hommage à la littérature et aux traducteurs, passeurs de savoirs.

Alors, voulez-vous tourner ?

vendredi 30 mars 2018

Fiction et diction de la peur dans les récits du XIXe siècle ~ Régine Borderie

« Représenter la peur suppose que quelqu’un en soit affecté, qu’il la manifeste ou l’éprouve en lui-même. »


Résumé de la quatrième de couverture :

Dans les récits du XIXème siècle, on a peur de la nature et du surnaturel, mais aussi de la guerre, du peuple, du criminel, de soi-même... Passion du récit, présente dans les divers genres romanesques ainsi que dans les contes et nouvelles, la peur émerge sur fond de Terreur, de conflits militaires et politiques, de transformations sociales et artistiques profondes. Elle se dresse également sur un arrière-plan scientifique en partie renouvelé.
Quelles formes prend-elle selon les personnages mis en scène ? Quelle représentation de l'espace induit-elle ? Comment nourrit-elle la composition et la matière dramatique du récit ? Quel regard les écrivains portent-ils et nous amènent-ils à porter sur ceux qui l'éprouvent ?
L'ouvrage s'interroge sur la fécondité de la peur pour la fiction narrative, y compris dans le détail de son style ; il déplace donc l'intérêt de l'action à la passion. Il met de plus en perspective sa configuration littéraire en mobilisant les représentations non littéraires de ce temps ou du nôtre. Ce faisant, il cherche comment fiction et diction contribuent à modeler la pensée de la peur, autrement nommée crainte, angoisse, panique collective.
Il s’agit d’une étude assez poussée sur les représentations et les rôles de la peur dans les récits du XIXe siècle. L’autrice a organisé son propos avec précision et l’a divisé en plusieurs parties dont les principaux thèmes sont : les personnages, les lieux, l’action et les tonalités. Le sujet est construit autour d’une démonstration. L’autrice expose ses arguments et donne beaucoup d’exemples sous forme de citations. L’ouvrage se lit bien, avec de nombreuses entrées qui permettent de prendre les sujets dans l’ordre qu’on veut.
Le langage est abordable, même si certaines phrases sont un peu longues et contiennent du vocabulaire technique. L’autrice analyse les exemples choisis et notamment le style des auteurs, les mots choisis. C’est une étude linguistique.
Les idées évoquées invitent à réfléchir sur cette peur si présente dans nos récits, car elle accompagne la plupart des êtres humains. Cet essai est l’occasion de découvrir ou redécouvrir des auteurs comme Hugo, Maupassant, Zola ou Dumas. Dommage qu’il n’y ait pas plus de passages sur le genre fantastique.
Extrait :

« Shaftesbury met en évidence le rôle de l’imagination, et par défaut celui de l’intellect incapable de reconnaître, d’identifier les phénomènes (“le caractère incertain de ce qu’ils redoutaient”), et troublé par des superstitions, des croyances fausses, entachées de fanatisme. La contagion est bel et bien suggérée par le motif des “regards” qui “propageaient” la “crainte”, le philosophe réfléchissant ensuite sur des mécanismes qui, selon lui, sont d’ordre mimétique et pathognomonique : voir le visage de la peur incite à adopter le même, et adopter le visage d’une émotion conduit à éprouver cette émotion, étant donné l’étroitesse du rapport entre physique et moral – cela vaudrait pour toutes les émotions collectives qui se transmettent. »
Le mot de la fin :

Un bel essai, complet, qui décortique les mécanismes de la peur dans des récits classiques qu’on étudie aujourd’hui, et dans d’autres moins connus.

Alors, voulez-vous tourner ?

vendredi 16 mars 2018

Deux remords de Claude Monet ~ Michel Bernard

« La pulpe de ses doigts était incrustée de couleurs et sentait la térébenthine. »


Résumé de la quatrième de couverture :

Lorsque Claude Monet fit don à l’État des Nymphéas, il y mit une condition : l’achat d’un tableau peint soixante ans auparavant, Femmes au jardin, pour qu’il soit exposé au Louvre. Deux remords de Claude Monet raconte l’histoire d’amour et de mort qui, du flanc méditerranéen des Cévennes au bord de la Manche, de Londres aux Pays-Bas, de l’Île-de-France à la Normandie, entre le siège de Paris en 1870 et la tragédie de la Grande Guerre, hanta le peintre jusqu’au bout.
Ce petit roman est divisé en trois parties. La première concerne Frédéric Bazille, un peintre et ami de Monet. Les deux suivantes concernent Camille, la femme de Monet, et notre Claude.
Nous suivons la vie de trois personnes à travers la fin du XIXe siècle et le début du XXe. Il y a la guerre d’abord et son lot de morts. Monet doit composer avec la perte d’un proche, comme ses amis peintres. Ils formaient une joyeuse bande au début avec Renoir. Puis, ils ont grandi et ont fondé une famille. C’est une histoire à la fois simple et singulière. La peinture a une grande place dans la vie de Monet et cela se ressent dans tout ce qu’il fait. Il réfléchit en fonction de cela, voyage en fonction de cela et gère sa famille de la même façon. On découvre ainsi les maisons qu’il a habitées avant Giverny, et notamment Argenteuil. Les descriptions font rêver, avec des paysages verts, pas d’industrialisation, la quiétude de la Seine.
On entre dans l’intimité du peintre, on partage ses peines et ses doutes. Et il y en a beaucoup chez cet homme, qui a connu une certaine pauvreté. Les coulisses romanesques de toiles célèbres nous sont dévoilées, comme pour La capeline rouge. Même si le résumé nous laisse penser que c’est important, il se trouve que c’est assez secondaire. C’est le contexte de création qui importe, les modèles et tous les souvenirs associés.
Extrait :

« Monet, à force de rames, revenait à l’embarcadère qu’il appelait son port d’attache. Il appuyait vigoureusement sur le flot pour dépenser ce qu’il avait de force, dénouer sa nuque, ses épaules et ses bras. Il tournait le dos au tableau qu’il venait de peindre, et retournait à lui-même. Il sentait son sang circuler dans ses membres, battre à ses tempes, et le soleil bas sur l’horizon de l’ouest cuire sa peau. D’autres motifs apparaissaient, bougeaient, se défaisaient sous ses yeux à mesure qu’il remontait le courant. Sa mémoire en prenait note en passant. »
Le mot de la fin :

Un beau roman, simple et vivant, qui nous introduit dans un monde de couleur et de lumière.

Alors, voulez-vous tourner ?

vendredi 9 mars 2018

Musnet : La souris de Monet ~ Kickliy

« C’est lui, le peintre humain dont parlait ton père ? »



Résumé de l'éditeur :

Un jour de printemps, Musnet, un jeune garçon souris, vagabond et orphelin, arrive à Giverny. Dans le domaine du peintre Monet, il trouve enfin des amis, une famille et une raison d'être. Il veut devenir peintre ! Il travaille pour Rémi, un vieil écureuil peintre, qui, en guise de salaire, va lui apprendre son art. Il rencontre aussi Mya, une jeune souris au caractère affirmé, et sa famille qui vont le prendre sous leur aile. Musnet découvre le travail de Monet, mais aussi son chat qui le poursuit !