Citation

"La culture est un cimetière de livres et d'autres objets à jamais disparus." in N'espérez pas vous débarrasser des livres de Jean-Claude Carrière et Umberto Eco

vendredi 12 janvier 2018

L’Héritage de Richelieu : Les Ombres du passé ~ Philippe Auribeau

« Et non content de vous attirer les foudres du maître du pays, vous voulez faire évader Gribouges. »


Résumé de l'éditeur :

1643. Richelieu est mort. Mazarin préside aux affaires de la France, en proie à des conflits politiques exacerbés par le trépas de Louis XIII. Dans l'ombre, les dragons poussent leurs pions. L'Italien est seul. Ou presque. Car Richelieu, comme ultime présent, lui a légué son plus formidable atout : les Lames du Cardinal, une troupe de bretteurs et aventuriers qui, si souvent par le passé, ont mis les dragons en échec. Reformées autour du Comte de Clément-Lefert, les Lames se lancent sur la piste d'un trafic sans précédent de substances draconiques, susceptible de mettre à mal le trône de France.
Les Lames du Cardinal forment une formidable trilogie qui s’est vue rééditée récemment à l’occasion de son dixième anniversaire.
Avec l’accord de Pierre Pevel, Philippe Auribeau s’est lancé dans l’écriture d’une suite, aujourd’hui publiée en format numérique. Le premier épisode constitue une introduction à l’intrigue. Les Lames de Mazarin sont éparpillées et sont contraintes de se reformer pour sauver l’une des leurs.
Le style est plutôt lourd et le rythme mal maîtrisé. C’est difficile d’entrer dans ce texte en se disant que c’est une suite, surtout quand on a adoré la trilogie initiale. Ici, les lames du cardinal sont de nouveaux personnages qui semblent complètement calqués sur les anciens, que ce soit le capitaine Clément-Lefert, pâle figure à côté de La Fargue, ou Thibault et Gribouges. Idem pour Simon et Éléonore dont la complicité fait beaucoup penser à celle de Marciac et Agnès, et Da’Kral, dont les origines draconiques le rapprochent de Saint-Lucq. Assez dommage de ne pas s’être éloigné du schéma de Richelieu.
Autrement, l’intrigue est porteuse de tension et l’action ne tarde pas à venir. L’accent est mis sur la prison du Châtelet et sur des combats clandestins. L’univers du Paris du XVIIe siècle est bien repris, notamment les ajouts de fantasy avec les différentes espèces liées au monde draconique.
Extrait :

« Simon prit place au centre de la cage, yeux bandés. Il fit jouer ses bottes dans le sable du sol pour stabiliser ses appuis, puis leva sa rapière pour se mettre en garde. Autour de lui, ses quatre adversaires s’étaient disposés de façon à l’encercler. Leurs respirations étaient haletantes et, malgré le concert d’injures et d’encouragements proférés par les spectateurs en furie, il les entendait distinctement.
Le numéro de Simon et Eléonore était connu de tous, mais rencontrait chaque fois un franc succès. C’était la quatrième fois que le jeune couple paraissait au Cloaque, et leur réputation était grandissante. Chaque nouveau combat apportait son lot de péripéties et la difficulté allait croissante. Après avoir vaincu un, puis deux puis trois adversaires, Simon faisait à présent face à une situation des plus inconfortables. »
Le mot de la fin :

Un premier épisode qui reste malheureusement dans l’ombre de la trilogie de Pierre Pevel et qui n’apporte pas de touche personnelle.

Alors, voulez-vous tourner ?

vendredi 22 décembre 2017

Nos richesses ~ Kaouther Adimi

« Camus me signifie qu’il se retire et réclame ses droits d’auteur. Je le comprends. »


Résumé de la quatrième de couverture :

En 1935, Edmond Charlot a vingt ans et il rentre à Alger avec une seule idée en tête, prendre exemple sur Adrienne Monnier et sa librairie parisienne. Charlot le sait, sa vocation est d’accoucher, de choisir de jeunes écrivains de la Méditerranée, sans distinction de langue ou de religion. Placée sous l’égide de Giono, sa minuscule librairie est baptisée Les Vraies Richesses. Et pour inaugurer son catalogue, il publie le premier texte d’un inconnu : Albert Camus. Charlot exulte, ignorant encore que vouer sa vie aux livres, c’est aussi la sacrifier aux aléas de l’infortune. Et à ceux de l’Histoire. Car la révolte gronde en Algérie en cette veille de Seconde Guerre mondiale.
En 2017, Ryad a le même âge que Charlot à ses débuts. Mais lui n’éprouve qu’indifférence pour la littérature. Etudiant à Paris, il est de passage à Alger avec la charge de repeindre une librairie poussiéreuse, où les livres céderont bientôt la place à des beignets. Pourtant, vider ces lieux se révèle étrangement compliqué par la surveillance du vieil Abdallah, le gardien du temple.
Kaouther Adimi rend hommage à un homme, Edmond Charlot, et invite à découvrir le métier de libraire-éditeur en Algérie et en France durant la guerre et l’après-guerre.
Le récit est construit en plusieurs parties qui se répondent. Il y a les carnets écrits par Charlot qui racontent son quotidien, sa vie familiale, sa vie professionnelle avec ses galères, et ses nombreuses rencontres avec des écrivains et des artistes. D’un autre côté, il y a l’histoire de Charlot d’un point de vue extérieur. Enfin, il y a l’histoire aujourd’hui, en 2017, celle de Ryad devant vider la librairie de tous ses objets, de tous ses souvenirs. Cette structure rythme le roman et nous embarque à toutes les échelles de l’histoire.
Le tableau peint de cette boutique qui a tant vécu donne envie de s’y rendre, d’entrer dans son intimité. La vision du métier est très réaliste, elle montre à la fois les joies intenses et les incroyables difficultés. Le point fort de ce roman réside dans sa retranscription juste et émouvante des relations humaines. Les éditeurs et les libraires ont beaucoup de contacts avec les auteurs et les lecteurs. Il faut parfois gérer de fortes personnalités et savoir ne pas mêler ses sentiments personnels aux exigences professionnelles. Charlot s’en rend compte, car il aime profondément ses amis. Il veut les recevoir et les aider à être lus, parce qu’il est convaincu de leur talent et de leur mérite.
C’est un récit très nuancé, car parallèlement à ces amoureux des livres, Ryad nous livre son point de vue. Ce jeune homme payé pour vider la librairie ne veut pas s’attacher à l’histoire de Charlot. Ça ne l’intéresse pas. Cependant, la curiosité va le piquer et l’inviter à se rapprocher d’Abdallah, le géant tranquille qui reste debout sous la pluie. Ce roman montre ainsi que la littérature peut être fédératrice, pas dans le sens où tout le monde lit, mais où elle interpelle. Se poser des questions, c’est déjà un grand pas de fait.
Extrait :

« Ces livres m’ont accompagné tous les jours pendant des années. Au début, je passais mes soirées à les classer, à mettre des cotes, à entrer des données dans un registre. Pour chacun d’entre eux, il fallait que j’indique le nom de l’auteur, le titre, le numéro ISBN, des mots-clés. Je lisais aussi quelques pages pour rédiger les résumés et répondre aux questions des lecteurs… C’est difficile de t’expliquer ce que ce lieu signifie pour moi. Peu de gens le savent mais je n’aimais pas lire et je ne suis toujours pas certain d’aimer cela aujourd’hui, mais j’aime être entouré de livres même si j’ai mis beaucoup de temps à apprendre à lire. »
Le mot de la fin :

Un merveilleux roman qui invite à la réflexion. C’est tellement beau un livre qui parle de littérature.

Alors, voulez-vous tourner ?

vendredi 8 décembre 2017

La Fée Mélusine : le serpent et l’oiseau ~ Philippe Walter

« Pour moitié nymphe aux yeux vifs, aux belles joues, Mais pour moitié aussi monstrueux serpent, terrible autant que grand, scintillant, ondoyant, qui vous dévore tout cru. »


Résumé de la quatrième de couverture :

Grande figure de notre imaginaire, la fée Mélusine promet richesse et prospérité à Raymondin, son époux, à condition qu’il ne la regarde pas dans son bain le samedi. Le mariage est heureux jusqu’au jour où, poussé par la curiosité, Raymondin perce un trou dans la paroi et découvre sa femme munie d’une énorme queue de serpent. Il ne dit rien mais, lors d’une querelle, la traite de « serpente ». L’interdit est transgressé et, dans un cri déchirant, Mélusine disparaît en s’envolant dans les airs.
Tout en reprenant la célèbre histoire telle que nous l’ont contée Jean d’Arras, Coudrette et les légendes de nos terroirs, le présent ouvrage dévoile des horizons méconnus et, en interrogeant notamment la mythologie de l’anguille et du sel, renouvelle de manière décisive la compréhension du récit mélusinien. Alors Mélusine est-elle femme poisson, femme serpent ou femme oiseau ? Philippe Walter la surprend dans ses différentes métamorphoses, en saisit l’écho dans diverses traditions, entre autres celtiques, et retrouve sa trace sur plusieurs continents, offrant ainsi une ampleur originale à l’interprétation de ce mythe clé du Moyen Âge.
Les mythes du Moyen Âge sont à l’origine de nos littératures de l’imaginaire et celui de Mélusine se révèle particulièrement riche.
Cet ouvrage est très complet et aborde tous les aspects du mythe en les prenant les uns à la suite des autres. La métamorphose constitue un des éléments centraux. Là où on connait beaucoup la forme du serpent, Philippe Walter nous présente également les origines d’oiseau et de poisson. C’est notamment l’anguille et le saumon qui retiennent l’attention. L’auteur revient aussi sur la figure du géant qui est présente dans le mythe, et les liens avec le nom de Gargantua, le célèbre personnage de Rabelais. On retrouve le motif de la transgression, qui est également récurrent dans la littérature.
Les explications géographiques sont précieuses. Le marais poitevin est assez central dans ce mythe. L’eau, qu’elle soit douce ou salée, apporte une grande dimension au récit. Mélusine se rencontre près des fontaines, et certaines de ses avatars japonais près de la mer. Voir que le Japon possède des légendes qu’on retrouve en Europe est assez surprenant, et prouve que les ponts entre les civilisations sont bien présents dans la culture.
L’auteur a organisé son propos autour des thèmes comme « Mélusine entre mythe et littérature&nbsp», « Mélusine et les monstres marins » ou encore « Le sabbat de Mélusine ». Ce sont dix chapitres divisés en sections permettant une lecture simple et adaptée au rythme de chacun. Pas de jargon, pas de concept abstrait, tout est exemplifié et expliqué, notamment par des extraits de récits médiévaux. Il y a de nombreuses notes de fin de chapitre, qui donnent notamment des références bibliographiques.
C’est un très bon ouvrage d’introduction au mythe, qui peut être suffisamment complet. Néanmoins, plusieurs pistes de réflexion sont soulevées, sans être analysées. Autant d’éléments qui invitent à approfondir les recherches.
Extrait :

« Sur une miniature de manuscrit, Mélusine conduit les travaux de ses maçons et un petit dragon veille à ses pieds. L’étrange pouvoir bâtisseur de la fée s’explique lorsqu’on lit certains contes présentant des épouses magiques accomplissant des prodiges comme Mélusine. Il s’agit de divinités de l’autre monde, le plus souvent marin, qui réalisent ce que les humains sont incapables d’accomplir. Le dragon est la figuration d’une altérité divine avant d’être l’expression d’un être démoniaque. Le conte russe d’Afanassiev sur le gardon magique ou des contes japonais sur les épouses surnaturelles présentent des situations comparables. »

Citation de début : Hésiode, Théogonie, v.298-300
Le mot de la fin :

Un très bel essai sur une figure mythique qui nous explique les origines de certains motifs de notre littérature !

Alors, voulez-vous tourner ?

vendredi 24 novembre 2017

Nemrod ~ Olivier Bérenval

« Il se murmure que ces révoltes profitent à l’avancée de l’Adversaire, mais quel être humain pourrait bien vouloir s’allier avec une… »


Résumé de la quatrième de couverture :

Les hommes se sont depuis longtemps dispersés dans les étoiles et la Communauté, un gigantesque État galactique à la fois tyrannique et bienveillant, réunit cette incroyable diversité humaine.
Aux confins de cet empire, un mystérieux Adversaire semblant disposer d’un pouvoir illimité anéantit un monde reculé. Cette destruction plonge alors la Communauté dans une guerre interstellaire qui pourrait bien la précipiter vers sa fin.
À l’aube de ce cataclysme, Tjasse, un adolescent ordinaire, est sur le point de tout perdre. Czar Santo, un truculent détective d’un cité orbitale est quant à lui contacté par un sulfureux client et Giana Miracle, soldate des Forces de la Communauté, est chargée de mater une révolte populaire dans le sang.
A priori, rien ne les rassemble. Pourtant, leurs destins vont inexorablement s’entremêler à celui de l’humanité tout entière, née sur la Terre originelle, dont les chants résonnent encore et forgent la légende des siècles.

vendredi 10 novembre 2017

Le Conte de la dernière pensée ~ Edgar Hilsenrath

« Ce ne sera pas un homme d’affaires, ni un aventurier à proprement parler, car il n’a pas l’air de vouloir se risquer à l’extérieur, dans le monde réel. »


Résumé de la quatrième de couverture :

Le vieux Thovma Khatisian n’est plus particulièrement séduisant. « Tu es affreux, Thovma Khatisian. Aucune femme ne s’éprendrait de toi, à part ta mère. Tes yeux sont chassieux et rivés au sol. De ta bouche entrouverte s’écoule de la salive puante. » Le pauvre bougre est même sur le point d’expirer. Et il se souvient dans une dernière pensée de sa vie tumultueuse. Né en 1915, durant le génocide arménien, il porte dans sa chair la mémoire d’un peuple décimé…